Victor Costa, le mari d’une pasteure se raconte… à la télé !

 

 

On pourrait s’étonner que l’ancien enfant de chœur de Valencia se retrouve mari de pasteure à Genève. Que cet acteur-né monté à Paris produise au bord du Léman des séries « géolocalisées dans les cantons romands » et écrive des dialogues inspirés de sa situation socio-matrimoniale.

 

 

▲ Victor Costa / © Eric Roset

Il se raconte volontiers, et l’humoriste se révèle sérieux, le spontané réfléchi, l’improvisateur angoissé, le fantasque perfectionniste.
 
Il fallait que Victor, parti d’Espagne pour étudier en France, y rencontre Carolina, théologienne et pianiste genevoise tentée par la chanson. La vedette de la dernière comédie musicale de l’équipe de Roland Benz, ce Deus ex cathedra déclencheur de tant de vocations, fréquentait en 2006 la même école de chanson que le jeune Espagnol. Et lorsqu’en Carolina la vocation théologique prit le dessus sur l’artistique et la ramena à Genève, Victor la suivit. Au lieu d’être basé à Paris avec un pied à Madrid, le voici établi à Carouge avec un pied tantôt en France, tantôt en Espagne : tant de projets artistiques à mener de front !
 
Ce désir de scène le tient depuis le lycée français de Valencia où l’envoya son père, entrepreneur qui croyait en la vertu de l’effort et à l’accumulation des chances. Le jeune Victor brille sur le podium en récitant, mieux : en vivant les poèmes au programme. Après deux redoublements, par une réaction d’amour-propre, il devient « bon partout, félicité par les profs », mais, après son double Bac espagnol et français, il est fortement déçu par l’Uni et se concentre sur le théâtre. Où l’étudier, sinon à « la meilleure école d’Europe » ? Cap sur Paris et le Conservatoire.
 
Sans argent (ses parents ont divorcé, il veut s’en sortir seul), il atterrit en colocation banlieusarde avec des Africains dans l’appartement d’un Chinois. Temps des vaches maigres, du litre de lait pour toute nourriture pendant vingt-quatre heures, de l’intoxication à l’huile frelatée, des retours nocturnes aléatoires (« j’ai appris à marcher en regardant par terre »). Car c’est au service de nuit dans des Quick Hamburger « difficiles », Barbès et Porte de Clignancourt, qu’il doit de tenir quatre ans tout en s’appropriant son art. Un cours le matin à Bastille, un autre l’après-midi à l’Atelier, théâtre, danse, chant…

 
Volonté et persévérance
Les concours d’entrée sont cruels. Après trois refus, rentrer en Espagne ? Inacceptable ! Il s’accroche. Admis au Conservatoire supérieur d’art dramatique de la ville de Paris, il y travaille deux ans avec des metteurs en scène comme Pignot, Denizon (assistant de Peter Brook), Cotillard (papa de Marion) avant de passer au Studio-Théâtre d’Asnières. Intermittent du spectacle, il touche à tout, du doublage de films à la mise en scène (Noces de sang, de son cher Lorca, à Asnières), à la comédie musicale, à Shakespeare, aux lectures théâtrales, entre Paris et Avignon. Puis trois ans avec la Compagnie Ateliers Casalibus, des fondus pluridisciplinaires qui jouent en plein air et dans des lieux insolites comme en salle. Il est Claudio dans Beaucoup de bruit pour rien… avec un ménisque en compote puisque trop fraîchement opéré ; Victor souligne volontiers sa résistance à la douleur et son volontarisme.
 
Il lui en faut pour faire face aux aléas du métier, lâchages et désillusions. Avec une compagnie bilingue franco-espagnole, il affine au cynisme sa veine clownesque, découverte chez Shakespeare, et crée un Généralissime Franco parkinsonien en chaise roulante. Evoquant ces années de dur labeur, il livre une abrupte autocritique. « J’étais arrogant, sûr de moi, j’avais trop d’ego. » Il faut dire qu’il a commencé à jouer à la télé à Madrid, qu’il est perdu affectivement après une rupture, qu’il ne se supporte plus en mondain dans les soirées « où il faut aller pour trouver du travail ».

 
Les feux de la rampe
Victor lâche la rampe et ses feux pour se lancer, toujours à grand renfort d’efforts volontaristes, dans la création de sites internet. Sa « période htlm2.0 ». Il apprend à programmer. Ça ne lui suffit pas longtemps. L’habitué du train Talgo pendule entre Paris et l’Espagne. A Madrid, il a rejoint un orchestre de bals ; animateur, diseur, puis chanteur. Pas assez bon, le chanteur ; en 2006, il décide de prendre des cours, s’inscrit à Paris à ACP Manufacture chanson. Comme Carolina,venue se perfectionner après ses prometteurs débuts à Genève.
 
S’ensuivent, entre l’ancien catholique fervent, longtemps détaché de la religion, et l’ex-catéchète genevoise « de belles discussions théologiques » – mais pas seulement !
 
Mariés, ils montent à Carouge l’entreprise de production « Atalahalta » (ne cherchez pas : le pur plaisir de la sonorité). Première série humoristique inspirée de leur vie quotidienne, Bienvenue chez nous en est déjà à sa 4e saison. Plus de 80 épisodes diffusés par les TV locales et sur Internet, et un digest sur scène sous la forme d’un « concert théâtral » avec musique originale, slam et danse.
 
Malgré les douleurs dues, aujourd’hui encore, à la hernie discale qui a cloué Victor au lit pendant des mois jusqu’à une opération l’an dernier, le feu d’artifice de la création jaillit en continu. Il naît de la fusion des univers des deux tourtereaux, devenus parents – Anna a déjà 4 ans. Ils aiment mettre en commun idées, visions du monde, talents multiples… et un sens aigu de leurs différences culturelles. Ils entraînent ainsi le spectateur dans un enchaînement de gags pas si gratuits que ça : en fines tranches, c’est toute une comédie humaine qui se déroule. Il en ira de même avec Ma femme est pasteure, à voir sur 20minutes.ch.
 
Mais si Victor s’intéresse de très près à ce que vit sa pasteure, fraîchement consacrée, s’il l’aide (y compris pour les fêtes de paroisse !), il garde un regard extérieur, volontiers humoristique, sur la vie de l’Eglise. Ce qui ne l’empêche pas de se sentir accueilli, et pas seulement par les amis qu’il s’est faits à Genève : « Beaucoup de gens viennent saluer le mari de la pasteure. »

 
 

Quelques questions empruntées à Proust

 

Le pays où je désirerais vivre

Un pays toujours plus juste et plus solidaire. Pour de vrai ? L’Espagne, de nouveau.

 

Mon auteur favori en prose

Gabriel García Márquez, j’ai presque tout lu tellement j’aime le réalisme magique, ce mélange de quotidien et d’imaginaire.

 

Le principal trait de mon caractère

Volonté et persévérance.

 

Si Dieu existe, qu’aimeriez vous, après votre mort, l’entendre vous dire ?

« OK, ça a joué ! » – comme après un spectacle. Ou comme après un jeu vidéo (j’aime les jeux de foot, quand je suis stressé ça me détend).

 
Jacques Poget

Portrait | La VP février 2015 n°2 – p. 22-23

 


Rendez-vous

Soirée de lancement de la série « Ma femme est pasteure » le vendredi 6 mars au Temple de la Fusterie.
Ouverture des portes et du bar à 19h30, show avec des invités à 20h30.
Entrée libre.

Le mari de la pasteure est agnostique, d’origine catholique romain, mais non pratiquant. La pasteure, loin du cliché du barbu, en sandales et à lunettes, a la rock’n’roll attitude. Elle parle « comme les jeunes », est hyperconnectée sur les réseaux sociaux, fume et lorsqu’elle a un petit coup de blanc dans le nez, enchaîne des pas endiablés sur la piste de danse. Ils habitent dans une cure du canton de Vaud, avec son lot quotidien de situations rocambolesques…

 
« Ma femme est pasteure » la web série humoristique sur les aventures d’un couple atypique est déjà visible ici >>