Mgr Basilio do Nascimento : « L’église au Timor-Est a été tour à tour protectrice, dénonciatrice, réconciliatrice puis éducatrice »

 

 

Mgr Basilio do Nascimento, évêque du diocèse de Baucau au Timor-Est, pays qui compte 95% de chrétiens parmi sa population, ce qui en fait le pays le plus chrétien d’Asie.

 

 

Au Timor-Est, plus de 90% des habitants sont catholiques. Dans ce pays très imprégné de croyances animistes, comment la religion catholique s’accommode-t-elle de cet héritage ?

L’« intégration » de cet héritage n’est pas systématique. On le fait par empirisme. Passer de l’animisme au mystère chrétien est un saut à faire en partant de la réalité à laquelle les gens sont sensibles. L’animisme est une bonne base pour entendre la spiritualité chrétienne, étant donné que le peuple asiatique est profondément religieux. Le but est d’amener les gens à comprendre que la foi est une adhésion qui a comme conséquence le changement de la vie, la vie spirituelle et selon le modèle de Jésus Christ. Cette compréhension n’est pas égale partout…

 

▲ Mgr do Nacimento dans son bureau avec un exemplaire de la VP / © DR

 
Une chose qui me frappe beaucoup aujourd’hui, c’est la multiplication des téléphones portables …Que pensez-vous de ce phénomène… ?

Je vois deux choses. La soif d’une société pour beaucoup de choses auxquelles elle n’avait pas accès durant l’occupation. Et soudain, avec ce sgadgets, le « monde » entre à Timor…le monde moderne !C’est aussi le reflet de la société timoraise. Soudain il y a de l’argent, surtout à Dili. Le portable devient un signe extérieur de richesse, certaines personnes en ont trois ou quatre ! D’un autre côté, ces portables apportent une facilité de communication. C’est une bonne chose mais parfois, c’est agaçant. Ou que l’on se trouve, on peut nous atteindre, même si on ne le veut pas… (rires) J’en parle aux familles. Je crois qu’aujourd’hui, pour notre société et aussi pour l’Europe, un des défis de l’éducation, c’est d’apprendre aux jeunes gens à utiliser ces moyens à bon escient. Mais je ne vois pas comment.

 
Comment envisagez-vous la place de l’Eglise catholique dans la vie de votre pays ?

En observant l’histoire de l’Eglise dans les temps récents, je crois que l’Eglise a été d’abord la « protectrice ». Au début des événements, entre 1975 et 1978, il y avait un abandon et l’Eglise restait la seule organisation à Timor-Est. Elle était comme la poule qui recueille ses petits sous ses ailes…Dans un deuxième temps, entre 1983 et 1990, l’Eglise a été la « dénonciatrice ». Et durant les dernières années, l’Eglise était la « réconciliatrice », essayant de mettre ensemble les frères en litige. Aujourd’hui, l’Eglise est appelée à jouer le rôle d’ « éducatrice ». Pas au sens de l’alphabétisation mais plutôt d’une éducation globale. Comment l’Eglise peut-elle contribuer à éduquer les Timorais à vivre le temps d’aujourd’hui où tout change ? Cela ne va pas de soi pour un peupl equi doit se familiariser avec la démocratie et l’indépendance.

 
Comment se passent les relations avec les autres religions et lesprotestants ?

Tout se passe bien. A part avec les sectes…

 

Jean-François Berger

La VP mars 2015 n°3 – p. 16-17