La consécration, dernière étape d’un cheminement spirituel

 

 

Pas moins de six pasteurs, dont le nouveau modérateur, seront consacrés, dimanche 28 septembre, à Saint-Pierre. Une preuve de confiance dans l’avenir… et l’occasion pour l’Eglise d’annoncer la création d’un fonds spécial pour pouvoir assurer la formation de futurs ministres malgré ses restrictions budgétaires.

 

 

Pour les pasteurs qui se préparent actuellement à la cérémonie de fin septembre, l’été 2014 aura marqué la dernière étape d’un long chemin. La majorité d’entre eux, en effet, s’y sont engagés depuis plus d’un an et demi. Entretiens avec la Commission des ministères, rédaction de documents (curriculum vitae, parcours de vie spirituelle, confession de foi), retraite, méditations communes, passage devant le Consistoire… A Genève, la consécration n’a rien d’une formalité ! D’autant plus qu’au bout du lac, ce rite qui exprime publiquement la reconnaissance par la communauté ecclésiale d’une vocation ressentie intérieurement par le ou la candidat(e) n’est pas exigé pour assumer une charge de pasteur. Une particularité dans le monde protestant, mais Calvin n’y est pour rien. « Cette exception remonte à la fin des années 1960 », rappelle le pasteur Albert-Luc de Haller qui fut responsable des ministères et des stages de l’Eglise protestante genevoise (EPG) pendant dix ans, puis modérateur. L’époque est riche de remises en cause et de bouleversements, y compris au sein des Eglises.

 

Le manifeste des 22
A Genève, un groupe d’étudiants en théologie publie le « Manifeste des 22 ». En bons protestants, ils se méfient de tout ce qui pourrait faire des pasteurs des prêtres, supérieurs aux autres paroissiens et soulignent que la reconnaissance est déjà accordée à tous par le baptême. Ils contestent donc l’obligation de la consécration. Le texte suscitera moult remous et discussions avant de déboucher sur un compromis, une « souplesse » – le mot est d’Albert-Luc de Haller – toujours en vigueur aujourd’hui. Une attitude qui explique que le nouveau modérateur, le pasteur des pasteurs lui-même, compte au nombre des futurs consacrés de septembre ; impensable ailleurs qu’à Genève. « La question s’est posée à plusieurs reprises depuis mon premier ministère en 1991 », constate Patrick Baud. Mais le pasteur, qui revendique « un fond réfractaire face à l’autorité », n’avait jamais donné suite. Est-ce sa récente accession au poste de modérateur qui rendait maintenant cette étape incontournable ? Il assure que non. « Je me sens déjà pleinement pasteur et ne pas être consacré n’aurait pas posé de problème. » S’il a franchi le pas, explique Patrick Baud, c’est que, cette fois-ci, il a ressenti que la demande émanait réellement de la communauté et ne visait pas une simple mise en règle.

 

Retour vers les rites
Il faut dire qu’aujourd’hui la méfiance avec laquelle les auteurs du « Manifeste des 22 » envisageaient la consécration – vigilance que partage Patrick Baud – est de moins en moins de mise. « La société a changé, constate Henry Mottu, professeur honoraire de théologie pratique de l’Université de Genève. Nous assistons à un retour vers les rites. Voilà pourquoi les jeunes pasteurs ont désormais davantage tendance à demander leur consécration.» D’autant plus que les craintes d’une dérive cléricale exprimée par les théologiens contestataires ont été prises en compte par l’Eglise. A travers la nonobligation de la consécration pour exercer un ministère pastoral, bien sûr, mais aussi dans la manière de célébrer le rite.Ainsi, lors des dernières célébrations,l’imposition des mains pratiquée par les consacrants (laïques et ministres) a pris place dans l’allée centrale de la cathédrale et non pas solennellement dans le choeur. Une manière d’affirmer aux yeux de tous l’appartenance des futurs consacrés à la communauté. Cette manière de procéder, introduite en 1979, qui correspond particulièrement bien cette année aux parcours extrêmement divers des six postulants.Ainsi Carolina Costa Micucci est à la fois pasteure et comédienne, Bruno Gérard a enseigné les mathématiques, Jérémy Dunon se destinait à une carrière sportive et Patrick Baud a exercé le métier d’horloger. Quant à Marie Cénec et à Alexandre Winter, après des études de lettres (à Strasbourg pour elle, à Genève pour lui), ils ont tous deux bifurqué vers la théologie.

 

Pour assurer la relève
Reste que si l’EPG pratique désormais ce rite sereinement, sa situation financière précaire en remet en question la pérennité. Tout simplement parce que l’actuel plan de redressement financier rend désormais impossible tout nouvel engagement de pasteur ! D’où la création d’un fonds spécial de formation annoncé à l’occasion de la prochaine célébration. L’Eglise en appelle à ses donateurs pour le doter de 2,5 millions de francs sur cinq ans.

 

■ Anne Kaufmann

 

Paroles de pasteurs

Impossible de résumer les motivations de pasteurs candidats à la consécration !
A l’issue du Consistoire qui a approuvé les demandes de cinq candidats
en novembre 2013, sa présidente, Anne-Catherine Schneider, a toutefois
retenu une phrase de chacun des postulants :