Irons-nous tous au paradis ?

 

 

Le paradis fait l’objet de tous les fantasmes. Jardin luxuriant d’Adam et Eve où se noue le destin de l’humanité; royaume céleste où se retrouvent les élus; cocotiers et plages de sable fin pour amoureux…
Le paradis sert aussi toutes les causes, de l’Église moyennageuse qui cherche le contrôle sur les âmes, à la société de consommation qui veut vendre du rêve. Au cœur de ce tumulte, comment démêler ce qu’est, en vérité, le paradis ? A mieux savoir ce qu’il est, nous saurons si nous pouvons y prétendre…

 


L’Agneau mystique ou l’Adoration de l’Agneau, 1432 Hubert et Jan Van Eyck
Retable ouvert, panneau central inférieur. Cathédrale Saint-Bavon de Gand, Belgique
Commentaires: Camille Gonzales, historienne des religions

 

Jean Delumeau, l’historien français, a consacré plusieurs livres au thème du paradis. Malgré le recul du christianisme, cet idéal perdure encore. Pourquoi lui donne-t-on tant d’importance ? Que représente-t-il pour le chrétien du XXIe siècle ?

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A quel moment le paradis se déplace-t-il au ciel ?

Le paradis terrestre d’Adam et Eve et le royaume de Dieu, qui attend les morts après le Jugement dernier, sont deux choses bien distinctes. Mais progressivement, on a pris l’habitude de désigner par paradis le lieu qui attend les morts après le Jugement dernier. Dès les premiers siècles de l’Église, on a représenté ce lieu en recourant à l’image d’un jardin. Au Moyen Age se développe, à partir de visions de saints ou de saintes, toute une littérature décrivant le paradis. Il est au ciel, mais on y entre par un jardin. Le jardin devient la porte du ciel.
Le paradis se caractérise avant tout par la lumière puisque Dieu est lumière. Une expression du Moyen Age dit que l’enfer est écrasé par un feu qui brûle et ne brille pas, tandis que le paradis est éclairé d’une lumière qui brille et ne brûle pas. Une oeuvre d’art magnifique résume toutes les conceptions : le polyptyque de Gand, achevé en 1432 par les frères van Eyck. On y observe le rassemblement des élus autour de Jésus, figuré par un agneau, dans une grande prairie paradisiaque où se trouve une fontaine de vie. Dieu se trouve sur un trône, installé sur un escalier où on lit cette devise qui se rapporte au paradis : « Vie sans mort, jeunesse sans vieillesse, joie sans tristesse, sécurité sans peur »

 

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Développement dans notre édition papier.

Jean-François Mondot, Les Cahiers de Science et Vie.
extrait « Entretien avec Jean Delumeau » | La VP novembre 2013 / n°9 – p. 9 & 12-13

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