Exposition à l’Espace Fusterie: Dieu serait-il zen?

 

 

Découvrez le jardin zen au temple de la Fusterie, une exposition insolite promettant une expérience originale à tout visiteur curieux…

 

 

Qui dit protestant pense sobriété: du moins est-ce le stade obligé de tout calvinisme qui ne se dédirait point. De ce point de vue, le temple de la Fusterie est un exemple probant: lignes épurées, ton monochrome et vagues de crasse que les affronts du temps scandent sur le plafond en traits réguliers. C’est à peine si les coussins osent s’affranchir de cet univers gris et normalisé.

 

 

▲ Jardin zen à la Fusterie / © Espacefusterie

 
Sobriété protestante et zen
Il n’en fallait pas davantage pour que ce lieu finisse par rencontrer les droites et les courbes, les recompositions et les artifices, les perspectives apaisantes et les aménagements ressourçants d’un jardin zen. C’est désormais chose faite, au pied de la chaire, le temps d’une exposition déposée en complicité avec les Conservatoire et Jardin botaniques de la Ville de Genève. Mais recomposer là l’apparence d’une nature, est-ce bien raisonnable?

Justement, la question pose question. Car notre rapport à la nature fait problème: la crise écologique en témoigne chaque jour davantage. Le rapport technique à la nature modifie notre regard sur celle-ci : elle nous apparaît à la fois comme un réservoir de ressources exploitables mais limitées, et comme une menace. Ce rapport soi-disant raisonnable à celle-ci a fini par l’arraisonner jusqu’à laisser la maîtrise nous échapper, et l’on a raison (encore!) de dénoncer la frénésie de son exploitation cupide et sans mesure.

Mais ce rapport gâché et inquiet est-il vraiment sans alternative? Ou pouvons-nous apprendre à voir la nature autrement? A reprendre le lien qui nous unit à elle ? A la recevoir comme un monde qui nous accueille et nous abrite, dans lequel s’inscrit notre propre vie ; un monde à regarder, à contempler, dont réapprendre à s’émerveiller. Or comment renouer avec la nature en osant l’artifice – car quoi de plus artificiel qu’un jardin, qui plus est à l’intérieur ?

C’est cet autre regard que l’exposition « Et la nature ? » aimerait explorer et exercer. Pour cela, il s’en faut de peu: du sable et du gravier, quelques sièges de circonstance, des images choisies garnies de textes inspirés, des objets qui composent une représentation du monde où le visiteur vient s’immerger pour un temps ou un semblant d’éternité. Etre dans ce jardin construit, c’est oser la communion avec soi dans un environnement symbolique qui se déploie entre naturel et artificiel, profane et sacré, externe et interne, sensuel et spirituel. Ce jardin donne à percevoir et à ressentir : pour qui ose s’arrêter et apaiser le rythme d’une journée, il se pourrait que ce peu offre davantage qu’il ne donne à voir – à chacun-e de le découvrir, dans le silence relatif de la ville et la méditation que l’on s’offrira.

 
Contempler utile : l’ultime affront zen
Encore faut-il ne pas se tromper d’intention, car nos réflexes sont puissants: mais ça sert à quoi, de contempler ? A rien, sinon peut-être à apprendre un regard pacifié sur le monde, sur soi et sur Dieu. En pleine ville, un jardin zen ne sert à rien, mais permet beaucoup. Il est utile parce qu’il est inutile ; il nous relie parce qu’il nous délie. Comme Dieu.

 

 

Blaise Menu, pasteur.

La VP juin 2015 n°5 – p. 31

 

Infos pratiques
Et la nature ? Un jardin zen au cœur de la ville Une exposition à plusieurs facettes à l’Espace Fusterie, jusqu’au 11 juillet. Mardi à vendredi : 13h30-19h ; samedi : 13h30-18h.
Consultez le détail du programme sur www.espacefusterie.ch.

 

Une collaboration inédite et originale
Sous l’impulsion de la pasteure Marie Cénec, ce dispositif est le fruit d’une rencontre inédite entre l’Espace Fusterie, les Conservatoire et Jardin botaniques, le Musée d’ethnographie de Genève [MEG] et quelques naturologues et poètes passionnés, dont Philippe Roch, Gilles Mulhauser et Nathalie Rousselle.
Avec l’Espace Fusterie, le groupe informel et amical « Nature et spiritualité » propose une expérience originale à tout visiteur curieux. Les Midis de la Fusterie vous seront encore proposés durant ce mois de juin pour accompagner l’exposition : www.espacefusterie.ch.