Bastian Baker : ma vie, mode d’emploi

 

 

A 22 ans, le jeune chanteur vaudois, qui sort son deuxième album, a déjà foulé quelques-unes des plus grandes scènes de Suisse et de France. Rencontre avec celui qui a fait d’« Hallelujah » un véritable tube.

 

▲ Bastian Baker / Photo : © David Olkarny

Avec sa gueule d’ange, son air de beau gosse et ses mélodies pop-rock, Bastian Baker a tout pour plaire aux midinettes. Mais pas seulement. Il suffit d’un bref entretien pour se rendre compte que le natif de Lausanne n’a rien de l’étiquette qu’on lui colle trop souvent.
C’est en avril 2011, alors que le jeune Bastian joue dans un bar de Zermatt, que le coup de foudre artistique et humain a lieu. Claude Nobs, le regretté fondateur du Montreux Jazz Festival, passe par là. Le connaisseur remarque son talent et l’invite, quelques semaines plus tard, sur la scène off de son festival.
La même année, après le succès du single « Lucky », Bastian Baker sort « Tomorrow may not be better* », un album complet qui se vend comme des petits pains, avec plus de 100 000 copies écoulés. La chance – « Lucky » – est avec lui depuis ses débuts. Mais ce qui aurait pu le changer en artiste condescendant s’est transformé en une modestie qui porte le désir d’être le plus vrai possible.
200 concerts plus tard, le jeune vaudois acquiert l’assurance de ceux qui ont longtemps écumé les planches et sort son deuxième album, « To old to die young** », en vente depuis un mois. Autour de mélodies entêtantes, pop et folk à la fois, les chansons abordent des thèmes tels que le sort des enfants de la rue dans « Kids off the street » ou la question de l’adultère de « Dirty thirty*** ». Sans oublier la thématique de l’amour. De l’amour, justement, il a bien voulu nous parler. Et plus particulièrement de celui qu’il voue (ou pas) à Dieu, à la musique, au sport et … aux femmes.

 

Dieu versus le hockey
La première fois qu’il s’est vraiment posé la question de la foi, c’était en studio, avec des producteurs américains de hip-hop. « Il y avait un musulman, un protestant, un catho et un athée. Et là, je me suis dit : et moi, en quoi je crois ? »
De père catholique et de mère protestante, il n’a pas été baptisé ni n’a fait le catéchisme. Ses parents ont voulu faire de lui « un homme libre », le laisser grandir dans un esprit d’ouverture à toutes les formes de religion. « La religion, c’est merveilleux, parce que ça regroupe les gens. Mais le truc catho–protestant qui se tapent sur la gueule en Irlande, tu deviens fou quand tu entends des choses comme ça ! Et justement, c’est ça que j’ai de la peine à assimiler. Au lieu de rassembler, la religion divise. Alors, j’ai plutôt choisi de mettre ma foi dans les gens qui m’entourent ». 
Son catéchisme, il l’a fait au hockey, qu’il a pratiqué pendant 13 ans. A force de se heurter à la glace, il en a gardé la tête froide. « Ça t’apprend plein de choses. A être ponctuel, à avoir du respect pour tout le monde. Si tu te disputes avec un joueur, après, tu vas boire un verre avec. Quand tu tombes, tu te relèves. Et tu apprends à être concentré sur le résultat d’une équipe, et pas sur ta propre individualité. Il y a du sacrifice et une vraie cohésion ».
Parce qu’il n’est pas un fervent supporter de Dieu, prier n’est pas dans les habitudes de Bastian Baker. Selon lui, c’est par courage qu’il fait ce choix. « C’est trop facile de se tourner vers Dieu quand tout va mal, et de l’oublier tout le reste de l’année ! ».

▲ Bastian Baker / Photo : © François Berthier / Contour by Getty Images

 

Allelujah érotique
Dire non au religieux n’a pas empêché le jeune chanteur de s’y intéresser,  quitte à secouer un peu le cocotier. Comme dans sa chanson « Song about the Priest », qui parle de l’amour impossible de deux personnes consacrées. « Vouer toute allégeance à Dieu, pourquoi pas ? Mais si tu rencontres la femme qui te fait vibrer, comment tu fais ? J’ai aussi voulu faire écho à tous les scandales qui ont eu lieu depuis quelques années. Pour moi, c’est impossible de ne pas céder à la tentation ».
C’est avec sa chanson « Hallelujah», une reprise de Leonard Cohen, que Bastian rencontre un véritable succès. L’amour du roi David pour Bethsabée ferait donc encore écho chez les jeunes ? A dire vrai, derrière ce titre religieux se cache un hymne à l’érotisme plus qu’un cantique à la gloire de Dieu. Cela ne l’a pas empêché de la chanter à l’enterrement de sa grand-mère.
Bastian Baker aurait-il trouvé sa Béthsabée ? Il n’a pas peur de se confier. « Ah, je ne suis pas fan de l’amour ! Actuellement, comme je ne suis pas en couple, ce n’est pas un sentiment qui m’habite. C’est peut-être parce que je n’ai pas rencontré ‘Ze bonne personne’ ». Il passe encore de longs week-ends en solitaire dans son chalet des Diablerets. Avis à ses fans : un cœur à prendre.

 

Sagesse tranquille
A chaque âge ses tourments, d’où le titre de son dernier album  («  Tomorrow may not be better »*). « Une semaine avant mes 18 ans, j’ai pété les plombs. Je suis resté dans mon lit à méditer, je ne sortais plus, j’avais besoin de me recentrer sur moi. Souvent dans la vie, le problème vient du fait qu’on ne se pose pas les bonnes questions ».
C’est l’écriture de ses chansons qui lui permet de se confronter aux grandes questions existentielles. Elle lui permet ce voyage intérieur, et les tournées, ces rencontres, cette intensité qui lui est vitale. C’est se sentir exister. « Vivre c’est sympa, exister c’est mieux ! ». Surtout sur scène.
A force de réfléchir, il s’est développé un « mode d’emploi de vie », comme il aime à le dire. « C’est un truc que j’ai mis une année et demie à mettre en place, et je continue chaque jour. Je suis beaucoup dans l’analyse. Chaque fois que je fais quelque chose, je le regarde et j’essaie de m’en inspirer pour aller plus loin. C’est une mode de fonctionnement où le stress et la panique n’ont pas de place. Car pour moi, tout ça est lié à l’inconnu et l’inconnu, j’essaie de l’anticiper ».
Son dernier CD est le reflet de cette sagesse : moins un regard introspectif sur lui-même que sur ceux qui l’entourent. « Les gens me demandent : à 30 ans, tu veux faire quoi ? Si j’ai un but ultime, c’est de garder cet état de quiétude et de bonheur, de traverser cette vie, de pouvoir prendre la route de la corniche et de regarder le Lavaux, tout simplement ».

 

Quelques questions empruntées à Proust

 

La qualité que vous préférez chez un homme ?

L’amitié

 

Chez une femme ?

Son regard de feu

 

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis ?

Le rire et la folie.

 

Votre principal défaut ?

Je parle trop aux journalistes

 

Si vous deviez rencontrer Dieu, que lui diriez-vous ?

Tiens mec, tu veux un sandwich ?

 
Elise Perrier
Portrait | La VP novembre 2013 n°9 – p. 16-17.

 

*       Demain ne sera peut-être pas meilleur

**     Trop vieux pour mourir jeune

***   Les enfants de la rue et les sales années trente

 

« Too old to die young », sorti le 27 septembre. En tournée en Suisse et en France dès le 7 novembre. Aux Docks de Lausanne les 19 et 20 décembre, à la salle des fêtes de Thônex le 21 décembre. Plus d’infos sur bastianbaker.com