Vous identifiez-vous plutôt à Marthe ou à Marie ?

 

 

Le dernier culte que j’ai célébré (le dimanche 6 décembre 2015) portait sur le thème de l’amour et de la compassion des femmes envers les hommes. J’aimerais vous résumer ici le cœur de ma prédication et partager mes observations et interrogations avec vous.

 

 

Qui trouvera une femme de valeur ? Son prix dépasse de loin celui des coraux.
Le cœur de son mari a confiance en elle, et le bénéfice ne lui manque pas.
Elle lui fait du bien, et non pas du mal, tous les jours de sa vie.
Elle se procure de la laine et du lin et travaille de ses mains avec plaisir.
Elle se lève lorsqu’il fait encore nuit, elle donne de quoi manger à sa maison, elle donne ses instructions à ses servantes.
Elle pense à un champ et elle l’acquiert ; du fruit de ses mains elle plante une vigne.
Elle ceint ses reins de force, elle affermit ses bras.
Elle sent que ce qu’elle gagne est bon ; sa lampe ne s’éteint pas la nuit.
Elle met la main à la quenouille, ses mains tiennent le fuseau.
Elle ouvre ses mains au pauvre, elle tend la main au déshérité.
Elle ne craint pas la neige pour sa maison : toute sa maison est vêtue d’écarlate. Elle se fait des couvertures, elle a des vêtements de fin lin et de pourpre rouge.
Son mari est reconnu aux portes de la ville, lorsqu’il est assis avec les anciens du pays.
Elle fait des sous-vêtements et les vend, elle livre des ceintures au marchand.
Elle est revêtue de force et de dignité, elle se rit de l’avenir.
Elle ouvre la bouche avec sagesse, sa langue enseigne la fidélité.
Elle surveille la marche de sa maison, elle ne mange pas le pain de la paresse.
Ses fils se lèvent, ils la déclarent heureuse ; son mari se lève, il la loue.
Beaucoup de filles ont montré leur valeur ; toi, tu les surpasses toutes !
La grâce est trompeuse et la beauté futile ; la femme qui craint le Seigneur, voilà celle qui sera louée.

« Portrait de la femme de valeur » Proverbe 31 : 10 – 30

Pendant qu’ils étaient en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Sa sœur, appelée Marie, s’était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole. Marthe, qui s’affairait de son côté à beaucoup de tâches, survint et dit : « Seigneur tu ne te soucies pas de ce que ma sœur me laisse faire le travail toute seule ? Dis-lui donc de m’aider ! ». Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part et elle ne lui sera pas retirée. »
Évangile de Luc, chapitre 10, versets 38 à 42

 

Qu’est-ce que nous dit la Bible ? Dans le proverbe intitulé « Portrait de la femme de valeur », on est fortement impressionnés par tout ce que cette épouse est capable de faire pour contenter, satisfaire et honorer son mari et ses enfants ! D’une force et d’une résistance inébranlables, elle est dévouée jour et nuit au bien-être de sa maisonnée. Rien ne lui fait peur : la cuisine, la couture, la décoration d’intérieur, et même le travail des champs et de la vigne ! « Elle surveille la marche de sa maison, elle ne mange pas le pain de la paresse » dit le texte biblique. En plus, c’est une femme sage et bienveillante, qui donne l’aumône aux pauvres et enseigne la fidélité (vertu importante) à ses fils. Elle fait honneur aux siens et sa valeur est digne de reconnaissance ! Mais n’est-elle pas prisonnière du rôle de la « femme-modèle parfaite » qui se sacrifie sur l’autel de sa famille ? Les femmes d’aujourd’hui ont parfois l’audace d’oser sortir de ce rôle traditionnel et de chercher à épanouir leur féminité autrement que dans le dévouement indéfectible… Et elles en oublient le dernier verset de ce proverbe qui dit : « La grâce est trompeuse et la beauté futile ; la femme qui craint le Seigneur, voilà celle qui sera louée ».

Alors que dans l’évangile de Luc, Jésus montre clairement qu’il apprécie l’attitude de Marie, celle qui s’assied à ses pieds, qui boit ses paroles avec humilité et lui offre une entière disponibilité. Ces deux sœurs, Marthe et Marie, qui réagissent si différemment quand un homme entre chez elles, m’interpellent car elles illustrent à merveille le dilemme auquel sont si souvent confrontées les femmes ! Comment être une bonne hôtesse de maison, savoir accueillir ses amis, leur offrir un bon repas et les régaler, tout en profitant de leur présence pour échanger et converser avec eux ? Quelle est la meilleure part des deux ? Qui parmi vous est naturellement porté-e à faire comme Marthe, à privilégier l’accueil, le confort matériel, les services, avec beaucoup de générosité, de créativité et même de plaisir dans sa réalisation concrète ? Et qui préfère, comme Marie, s’arrêter dans sa course quotidienne, s’asseoir pour prendre le temps d’écouter, oublier les contingences matérielles, faire don de sa présence, privilégier les temps de partage à deux, le temps du désir et de l’inspiration ?

De quoi est-il question dans ces textes ? De comment nous manifestons notre amour dans nos vies, de notre manière de prendre soin de ceux que nous aimons. Savez-vous si vous êtes plus doués pour donner ou pour recevoir, si vous êtes de ces actifs entreprenants ou plutôt de ces écoutants pleins de compassion ? Et qui parmi vous est capable d’alterner ces différentes attitudes : savez-vous aussi bien donner que recevoir ? Car ce n’est pas si évident de jongler entre les deux ni de passer de l’un à l’autre ! Et parfois nous ne savons pas de quoi nous avons besoin ou n’osons pas suivre notre envie et notre préférence. Comment faut-il se comporter avec ceux qu’on aime ? Etre en admiration devant un homme, boire ses paroles, l’écouter avec une grande attention, le manger des yeux, se laisser fasciner et éblouir… Ou se mettre à son service, assumer les tâches ménagères, lui cuisiner des bons repas, ranger sa maison, la décorer pour qu’elle soit accueillante et confortable, agréable à vivre au quotidien. Comment choisir ou trouver l’équilibre entre les deux ? Comment savoir quand un homme préfère qu’on s’agite et s’inquiète pour lui, ou qu’on s’arrête pour le regarder et l’écouter ?

Pour beaucoup de couples, le passage à la vie commune est un moment délicat. Comment rester attentif, attentive à l’autre quand on partage le quotidien ensemble ? Comment échapper à la tyrannie des tâches domestiques et parvenir à préserver son intimité de couple ? Surtout quand on désire, espère, attend, accueille un enfant … Préserver l’espace du couple est un défi pour tous les parents du monde ! Mon travail de thérapeute consiste essentiellement à leur rappeler l’importance des moments privilégiés partagés et consacrés à entretenir, honorer et célébrer leur précieux lien ! A les aider à prendre conscience de leurs différentes fonctions et à se mettre des priorités : homme et femme, amoureux, amoureuse, amis, amants, professionnels plus ou moins reconnus et valorisés, femme au foyer ou femme au travail, parents, mère et père. Nous jonglons et nous épuisons parfois en nous efforçant d’assumer ces différents rôles. Chacun, chacune a ses priorités : confort matériel, ordre, propreté, réussite professionnelle, sécurité affective, responsabilités parentales, conventions, vie intime et amoureuse.

Quand prenons-nous le temps de nous poser, de nous écouter, d’en parler, d’évoquer l’importance de notre relation, de redéfinir et fixer ensemble nos priorités, de l’enrichir en partageant nos projets et nos rêves ? Beaucoup de couples, une fois passé la période de la passion amoureuse, s’éloignent l’un de l’autre et entrent dans ce que Harville Hendrix nomme « la lutte de pouvoir ». Comment échapper à cette terrible question : « Qui a donc tort ou raison ? » qui transforme inévitablement les partenaires en frères ennemis ? Dans une démarche psychothérapeutique en duo, on peut s’entraider à quitter ce costume de survie et cette posture que je qualifie de « guerre des tranchées », dans lesquels on est parfois coincés depuis longtemps. Le fait de consulter ensemble permet aux couples de se remettre dans une posture de grande proximité et de disponibilité qui recrée un espace d’intimité relationnelle et émotionnelle. Se retrouver face à face ou côté à côte, dans cette position que l’on adopte très naturellement au début d’une relation (comme les amoureux sur les bancs publics) quand on a envie de se manger des yeux, quand on aime admirer le paysage du visage aimé, quand on ressent le besoin d’être proches, de toucher l’autre, de sentir ses mains dans les siennes, a un puissant effet thérapeutique.

N’oublions jamais que l’amour nous aide à nous décentrer de nous-même, de ce moi qui nous fait parfois tant souffrir. Mon expérience de psychothérapeute m’a convaincue que l’amour et la foi sont de puissants vecteurs de guérison. Donner ouvre à l’autre, être généreux rend heureux, lumineux. Le plus beau don de Dieu, c’est la grâce qu’il nous offre sans compter, cette magnifique tendresse de son amour qui réchauffe et réjouit nos cœurs, jour après jour, au creux de nos vies.

 

 
Juliette Buffat,
Médecin psychiatre psychothérapeute FMH, sexologue médiatique et thérapeute de couple.

Sexualité et Religion | La VP janvier 2016

 

La rubrique Sexualité et Religion de Juliette Buffat, c’est le 3ème mercredi du mois.

Médecin psychiatre psychothérapeute FMH, sexologue médiatique et thérapeute de couple, Dr Juliette Buffat est aussi prédicatrice dans l’Église Protestante Genevoise et engagée au sein du Conseil du Service Accompagnement et des Hôpitaux Universitaires de Genève.
Elle a créé l’Institut Suisse de Sexologie Clinique, après avoir coordonné le Certificat en Sexologie de l’Université de Genève, et anime régulièrement des Cafés Sexos (programme sur www.sexologieclinique.ch).
Chaque mois, elle partage son expérience médicale et religieuse en abordant une nouvelle thématique sexuelle en regard de la Bible. Vous pouvez lui envoyer vos questions et commentaires par courriel à juliette.buffat@bluewin.ch