Dossier VP : Votre « Vie protestante » a vécu… 78 ans !

Le magazine que vous tenez entre vos mains est le dernier sous ce titre. Retour sur l’histoire d’un journal créé en 1938, soit un an avant la Deuxième Guerre mondiale.
Un parcours genevois en plusieurs épisodes avec ses fondateurs, ses rédacteurs, ses plumes et ses grands invités.

Le vendredi 4 novembre 1938 paraît un nouvel hebdomadaire, La Vie protestante, 12 pages en format journal, au prix de 15 ct. Il remplace un mensuel gratuit, le Messager paroissial, et précise que « l’autorité de l’Eglise n’est engagée que par les articles et communications surmontés de son sceau ». Il affirme que son premier devoir est de renseigner sur la vie de l’Eglise chrétienne à travers le monde : « Il devient de plus en plus nécessaire dans ces heures tragiques que vit la chrétienté tout entière de donner une documentation exacte sur le sort des églises. »

Parmi les rubriques, des pages entières dévolues aux hommes, aux missions, aux jeunes, aux femmes, aux Eglises étrangères, une chronique cinéma, des mots croisés, des critiques musicale et littéraire, un feuilleton (Le Sire d’Esquilas, roman historique d’Albert Finet) et en dernière page, de la publicité. Une chronique du Vatican présentée régulièrement par le professeur Buonaiuti suscita quelques réactions effarouchées.

L’article de première page est rédigé par le Modérateur Daniel Buscarlet : « Le temps s’enfuit, Christ demeure ».Mais le rédacteur responsable est le jeune Marc Chenevière qui venait de présenter sa thèse sur Calvin et qui ne restera que deux ans. Jusqu’en 1945, le poste n’offrant pas un vrai salaire, il sera occupé principalement par des pasteurs présidant aussi des paroisses. La Vie protestante incorporera peu à peu des rédactions à Neuchâtel, Vaud, dans le Jura, en Valais et à Zurich.

 

Victime des persécutions religieuses

On a parfois reproché à La Vp pendant la guerre de n’avoir pas pris position contre l’antisémitisme nazi. Si le journal a annoncé dès son troisième numéro l’emprisonnement en camp de concentration du pasteur Niemöller, puis publie « Les juifs et nous » en comparant les victimes des persécutions religieuses, et signale en octobre 1939 le martyre du pasteur Schneider à Buchenwald, il est généralement resté discret sur les atrocités allemandes contre les juifs, suivant en cela la politique fédérale qui cherchait à éviter de provoquer les Allemands.

Dès la première année, le théologien suisse Karl Barth est fréquemment cité et publié. Les progrès de la cause oecuménique sont suivis, grâce à la présence à Genève du pasteur Visser’t Hooft, qui en fut le grand pionnier.

Un souffle de jeunesse arrive à La Vp en 1955 avec Claude Richoz, 26 ans, nommé secrétaire de rédaction, qui venait de l’Union chrétienne des jeunes gens, puis en 1956 avec le pasteur Jean-Marc Chappuis, 32 ans, qui a quitté sa paroisse en Belgique.

Le vote des femmes

Les divers suffrages consacrés au vote des femmes ont suscité de nombreux articles rédigés souvent par Elisabeth Natural, une voix féminine plutôt rare, jusqu’à l’arrivée de Marie-Claire Lescaze, qui a repris le flambeau. En 1960 et 1962, le journal a accueilli des stagiaires venant du Cameroun et de Nouvelle-Calédonie.

Les polémiques ne manquent pas, celle concernant le Réarmement moral est particulièrement aiguë. Les engagements non plus. Les colonnes du journal sont largement ouvertes au pasteur André Biéler, qui a lutté sans relâche en faveur du tiers-monde, et aussi au théologien Marc Faessler, du Centre protestant d’études. Le pasteur Bernard Martyn a longtemps rédigé une chronique de télévision : « Le temps de la retransmission télévisée de nos cultes devrait être définitivement révolu, je me suis ennuyé », écrivait-il en 1971.

« La Vie proteste »

En 1974, le poste de rédacteur en chef est repris par Freddy Klopfenstein, journaliste, ancien responsable de la rédaction neuchâteloise. Excellente plume, on lui doit le mot « humanitude » qu’il inventa en 1980. Louis-Paul Favre était aussi un rédacteur très inventif, doué pour le dessin, auteur de mots croisés, et plein d’humour.

En 1984, l’hebdomadaire s’ébroue, il veut du changement, « s’occuper de choses sérieuses, mais parfois avec le sourire » ; et début 1985, la première page est chahutée : cinq photos, le sommaire, une publicité à côté du titre, l’éditorial est repoussé en page 3.

Les prises de position, jugées trop « rouges », et le style Klopfenstein, « son agilité intellectuelle difficile à suivre », ne font plus l’unanimité. En octobre 1988, Klopfenstein est congédié pour fin janvier et Marie-Claire Lescaze démissionne par solidarité. Les deux journalistes publient une réplique, La Vie proteste, en janvier 1989, un numéro rempli de témoignages de soutien et de regrets.

Coup de jeunes

Avant l’arrivée du journaliste Marc Heyd, le pasteur Jean Anderfuhren, responsable depuis longtemps de la rédaction vaudoise, assure l’essentiel. Suit une période hésitante. En 1990, La Vp mensuelle des régions change de format. L’hebdo suivra, dont la première page plus calme, comme assagie, se présente en couleur. Et patatras, le 19 avril 1991, ce sont les adieux de la rédaction : « C’est son coût et non son contenu qui a conduit à la suspension (…) d’un bateau ingouvernable. » Le tirage avait beaucoup baissé et le prix au numéro était passé à 3 fr. La Vie protestante devient mensuelle au format magazine de 30 cm, sous la responsabilité du pasteur Daniel Barraud. Ce seront dix exemplaires par an adressés par les paroisses à leurs paroissiens et amis. Le tirage remonte à 36 000. La rédaction est confiée à André Allemand qui reste six ans. Il lance de nouvelles rubriques. La dernière page est consacrée à la jeunesse sous le titre de « Coup de jeunes ». Après lui, les rédacteurs se succéderont assez rapidement. Carmen Burkhalter est pasteur et écrivain, Sandra Moro, Audrey Graeppi, Tybalt Felix seront tous de jeunes journalistes qui poursuivront ailleurs leurs carrières.

Papier glacé et Facebook

En 2007, nouveau chambardement. L’Eglise protestante reprend la main avec son chef de la communication Serge Bimpage, suivi d’Alexandra Deruaz. Un changement intervient dans le mode de paiement : l’abonnement n’incombe plus aux paroisses, il devient individuel. Peu à peu, le tirage baissera de nouveau, il passe de 25 000 en 2009 à moins de 10 000 en 2012. La rédaction passe de la rue des Rois à la rue du Cloître. Symbole ? Les dernières rédactrices responsables seront Elise Perrier et Chantal Savioz. En septembre 2013, le mensuel adopte une nouvelle formule sur papier glacé, photo en une et accès à Facebook.

Anne Cendre

 Assises, de gauche à droite :
Anne Buloz (collaboratrice VP), Chantal Savioz (actuelle rédactrice responsable), Marianne Wanstall-Sauty (vice-présidente du groupement de La Vp 2005-2007), Alexandra Deruaz (directrice communication EPG)

Debout, de gauche à droite :
André Allemand (rédacteur responsable 1992-1999), Aline Bachofner (rédactrice responsable 2007-2011), Elise Perrier (rédactrice Responsable 2012-2016), Serge Bimpage (responsable de la publication 2007-2010)

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