Rudolf Bultmann, Dieu qui rencontre les questions de l’homme

 

 

Passeport
Contemporain – et pendant longtemps ami – de Karl Barth. en 1884 en Allemagne, près de Oldenbourg, mort en 1976 à Marbourg, Bultmann fut certainement un des néo-testamentaires les plus érudits du XX siècle. En tant que spécialiste du Nouveau Testament, il est théologien. Il fut professeur dans plusieurs universités en Allemagne, notamment à Marbourg où il avait fait ses études, et où il se trouve en dialogue intense avec la philosophie de Martin Heidegger.

 

▲ Rudolf Bultmann par © Camille Sauthier

 

Les grands axes de sa pensées
Grâce à cette ouverture, l’homme peut recevoir, accueillir la révélation de Dieu. Or celle ci, si l’homme l’entend vraiment, c’est-à-dire s’il croit, va bouleverser, révolutionner son être. Elle va également lui donner la possibilité de se comprendre autrement, nouvellement. Pourquoi nouvellement ? Parce que l’être humain a tendance – poussé par son angoisse, sa recherche de sécurité et aussi par son ambition insatiable – à s’enfermer en lui-même. Par rapport à cet enfermement, dont le nom traditionnel est « le péché », la prédication de la croix et de la résurrection de Jésus-Christ signifie le don d’une nouvelle existence. La foi est cette nouvelle existence.

 

Une question à méditer
Bultmann a donné, dans son Commentaire de l’Évangile selon saint Jean (1941), dans sa Théologie du Nouveau Testament (1953) et dans de multiples articles recueillis dans les deux volumes de Foi et compréhension, des exemples d’une interprétation exégétique et théologique qui a comme tâche d’interpréter pour l’homme de chaque époque l’événement libérateur de Dieu pour l’homme. Cette libération, libération de soi-même pour nouvellement devenir soi-même, n’est-ce pas la plus grande aventure que l’être humain puisse vivre – vivre en l’accueillant ?

 

Ses grands engagements
Dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler, Bultmann prend une position critique face au nazisme. Avec d’autres collègues, il proteste en 1933 contre la politique d’Hitler qui a pour but d’exclure les professeurs juifs de l’Université allemande. Il appartient à « l’Église confessante ». Son engagement politique est cependant le reflet d’un engagement autre, plus profond, celui pour une théologie et pour une foi honnêtes.

 

Sa modernité
En cette honnêteté consiste aussi sa « modernité ». Ainsi Bultmann prend-il au sérieux les questions de l’homme du XX siècle avec une ouverture sans restriction. Sa conviction est que le message biblique dans lequel Dieu s’adresse à la foi puisse rencontrer l’être humain dans sa préoccupation existentielle. Un des mots clés de la pensée de Bultmann – le « kérygme » – concentre en lui l’idée (plus précisément la foi, l’espoir) que Dieu en Jésus-Christ s’intéresse au plus profond à l’existence de l’être humain : là où l’homme est pour lui-même une question ouverte.

 

Pour aller plus loin

  • Nouveau Testament et Mythologie, par Rudolf Bultmann, suivi d’un texte inédit de Paul Ricœur: Démythologisation et herméneutique. Introduction d’Andreas Dettwiler et Jean-Marc Tétaz, Labor et Fides, 2013, 192 pages.

 

Hans-Christoph Askani
professeur de théologie systématique, Faculté de théologie, Université de Genève.

Une figure spirituelle pour aujourd’hui | La VP mars 2014 n°2 – p. 27

 

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