Regarder du X est-ce déjà tromper ?

 

 

Situation de vie : Sophie et Luc me consultent en urgence parce qu’elle a découvert qu’il passe beaucoup de temps sur internet à regarder des films pornographiques. Elle se sent trahie et trompée, alors que lui banalise complètement ce « phénomène de société », devenu selon lui très courant chez les hommes d’aujourd’hui, équipés de moyens technologiques qui leur rendent l’accès aisé à ces images désirables de corps nus. Il ne voit pas du tout en quoi cela pourrait être considéré comme une infidélité à sa partenaire de vie ?

 

 

Les progrès technologiques récents permettent aujourd’hui d’accéder facilement à du matériel pornographique, à partir d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un téléphone portable. Quel que soit le lieu où l’on se trouve (domicile, voiture, bureau, école…) et l’âge de celui qui cherche à satisfaire sa curiosité naturelle (enfant, ado, adulte…). Parce que la sexualité fait partie de la nature humaine et éveille un intérêt à toutes les périodes de la vie, présent de l’enfance à la vieillesse (« Le Sexe et Vous » J. Buffat, Éditions Favre, 2014). Selon les époques, les hommes ont dessiné des images nues (aux temps des cavernes), écrit des lettres ou des romans érotiques, photographié des corps peu vêtus ou acheté des magazines pour alimenter leurs fantasmes (aux temps modernes). De nos jours, à l’ère de la pornographie galopante, l’accès à ces images est devenu tellement aisé que les hommes semblent avoir perdu leur capacité à fantasmer !

Sophie a d’autant plus de peine à accepter les infidélités virtuelles de son compagnon qu’il la néglige dans leur lit conjugal. Ils sont encore jeunes, dans la trentaine, et elle souffre de l’absence de désir et de vie intime avec son compagnon. Toutes ses tentatives pour attirer son attention sont restées sans effet : tenues moulantes, décolletés généreux, dessous en dentelle, attitudes coquines, propositions explicites, tout le laisse totalement indifférent. Elle est pourtant une jolie femme, soignée et féminine, pleine de charme et de gentillesse, souvent sollicitée par d’autres hommes.

Luc a connu beaucoup de succès dans ses conquêtes et se montrait plutôt frimeur et séducteur. Il a perdu toute sa belle assurance depuis qu’il a été licencié et s’est retrouvé au chômage. C’est précisément pour occuper son esprit et son temps libre qu’il s’est mis à passer autant de temps devant un écran. Ses promenades quotidiennes sur les sites X lui changent les idées et l’empêchent de sombrer dans la dépression. Sans même en avoir conscience, il tente d’anesthésier ses sentiments de malaise et de tristesse en stimulant son excitation sexuelle, ce qui agit comme une sorte d’antidote. Mais, pour camoufler ses angoisses trop envahissants et récurrentes, il est tombé dans une forme d’addiction dont il n’arrive plus à se défaire. Luc aime Sophie, la trouve belle et sexy ; cependant il n’a plus de désir quand elle rentre du travail en fin de journée et qu’il s’est masturbé plusieurs fois en regardant d’autres corps de femmes aux formes et courbures les plus diverses et variées.

 

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras point d’adultère. Et moi, je vous dis que quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il vaut mieux pour toi qu’un seul de tes membres périsse et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si c’est ta main droite qui doit causer ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi…
« Sur l’adultère et ses pièges » Matthieu 5, 27-30

 
Il est intéressant de trouver que dans la Bible, l’évangéliste Matthieu considère un regard concupiscent comme une forme d’adultère. Et qu’il recommande de s’arracher un œil pour échapper à la tentation visuelle du voyeurisme ou même de se couper une main (coupable de masturbation) pour se préserver de ces conduites honteuses. Sophie, empreinte et nourrie de convictions chrétiennes, perçoit les choses selon son éducation et sa morale religieuse.

Dans le terme « pornographie » on retrouve le mot grec « porneia » qui évoque des conduites sexuelles en dehors du mariage considérées comme immorales et impures. Ce mot fait référence à la débauche, à l’absence de pudeur et à la fornication, donc à des conduites sexuelles fortement réprouvées. Quant au terme « graphie », qui veut dire image et représentation, il évoque l’idolâtrie, connotée très négativement dans l’Ancien Testament et interdite par les premiers commandements.

En mettant en lumière la fonction antidépressive des fortes pulsions et des conduites sexuelles « extraconjugales » de Luc, j’aiderai ce jeune couple à comprendre ce qui se passe entre eux. Mes explications vont modifier leur regard et ma présence leur permettra d’échanger leurs points de vue plus calmement. Chacun faisant un pas vers l’autre, ils verront à se rapprocher très progressivement. Luc va accepter de modérer ses pratiques solitaires pour pouvoir retrouver le plaisir partagé des échanges intimes avec Sophie. Et elle parviendra peu à peu à se montrer plus compréhensive et à se rendre plus disponible pour soutenir son partenaire dans la mauvaise passe qu’il traverse.

 

 
Juliette Buffat,
Médecin psychiatre psychothérapeute FMH, sexologue médiatique et thérapeute de couple.

Sexualité et Religion | La VP novembre 2015

 

La rubrique Sexualité et Religion de Juliette Buffat, c’est le 3ème mercredi du mois.

Médecin psychiatre psychothérapeute FMH, sexologue médiatique et thérapeute de couple, Dr Juliette Buffat est aussi prédicatrice dans l’Église Protestante Genevoise et engagée au sein du Conseil du Service Accompagnement et des Hôpitaux Universitaires de Genève.
Elle a créé l’Institut Suisse de Sexologie Clinique, après avoir coordonné le Certificat en Sexologie de l’Université de Genève, et anime régulièrement des Cafés Sexos (programme sur www.sexologieclinique.ch).
Chaque mois, elle partage son expérience médicale et religieuse en abordant une nouvelle thématique sexuelle en regard de la Bible. Vous pouvez lui envoyer vos questions et commentaires par courriel à juliette.buffat@bluewin.ch