Réfugiés : les Églises s’engagent pour une Suisse plus humaine

 

 

L’Entraide protestante suisse lance une campagne en faveur des réfugiés et coiffe la cathédrale de Zurich. Phénomène : les Églises montrent de plus en plus leur engagement sur un terrain politique parfois glissant.

 

 

« Annoncer la couleur pour une Suisse plus humaine », tel est le nom de la campagne lancée en début de mois par l’Entraide protestante suisse (EPER). Laquelle ambitionne simplement, via un bracelet bleu, de rendre visible l’action d’associations ou de simples citoyens suisses soutenant des personnes victimes de guerres ou de violences et qui cherchent refuge dans notre pays.

« Quelque 45 organisations, de la petite association à l’ONG, participent à notre campagne, et plus de 1000 bracelets ont déjà été commandés sur notre site internet, se félicite Olivier Graz, responsable communication de l’EPER. Derrière le chiffre de 60 millions de réfugiés et déplacés dans le monde, il y a des hommes et des femmes à qui nous voulons envoyer un message de soutien et de solidarité non politisé. » Pour lancer la campagne, un bracelet géant avait été déployé autour de l’une des tours du Grossmünster à Zurich. L’EPER espère pouvoir « récidiver » à la cathédrale de Lausanne. Peut-être le 20 juin à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés. En attendant, et depuis le 16 mai, son spot est diffusé sur diverses chaînes de télévision dont celles de la RTS.

 

Pour lancer la campagne, le lundi 2 mai 2016, un bracelet géant a été déployé autour de l’une des tours du Grossmünster à Zurich / © EPER

 
Les Églises mobilisées

Ces dernières semaines, le monde religieux se mobilise de plus en plus pour les réfugiés. En avril, le pape François était revenu de son voyage en Grèce avec 12 musulmans syriens, l’accompagnant. A la fin de ce même mois, dix réfugiés, sous le coup d’un renvoi de Dublin, étaient accueillis dans la chapelle lausannoise de Mon-Gré (contre l’avis de l’Église catholique vaudoise). Dans le canton de Fribourg, le programme « Don de Dieu, don de l’autre », colancé par les églises catholiques et protestantes locales, appelle à « s’ouvrir aux réfugiés ». Sur Vaud enfin, le projet œcuménique « Action parrainage » a déjà rallié 200 parrains autour des réfugiés.

L’évêque Morerod constate sur le terrain ce fort soutien de la part de pratiquants et s’en félicite. « Dans les quatre cantons de mon diocèse (FR-GE-NE-VD), l’Église catholique s’engage de bien des manières pour les contacts avec des requérants d’asile ou des réfugiés, et les aide activement à trouver des lieux. J’ai, quant à moi, visité des centres de requérants à Fribourg et à Genève. » Côté protestant, les initiatives des églises locales se multiplient également. « A Genève, plusieurs paroisses protestantes apportent une aide concrète aux réfugiés, par exemple en louant à leurs frais des appartements », explique Alexandra Deruaz, directrice de la communication de l’Église protestante genevoise.

 

Un bracelet géant ornera le temple de la Fusterie à Genève

Le lundi 13 juin 2016, un bracelet géant ornera le temple de la Fusterie à Genève. Fruit de la collaboration entre l’EPER et l’Église protestante de Genève (EPG). Les bracelets sont à commander ici >>

 
En porte-à-faux avec les fidèles

Pour François-Xavier Putallaz, professeur de philosophie à l’Université de Fribourg et membre de la commission nationale suisse d’éthique, les Églises doivent s’occuper des questions sociétales et de celle des réfugiés en particulier. « En pareil cas, elles ne s’invitent pas dans un débat de société qui leur serait extérieur. Elles sont au contraire en parfaite harmonie avec leurs valeurs. Lesquelles mettent les plus fragiles et les plus pauvres en particulier au centre. Mais cela ne les empêche pas pour autant de faire preuve de réalisme quant à la quantité de personnes à accueillir et à la manière de le faire. »

Joerg Stolz, professeur de sociologie à l’observatoire des religions (ODR) de l’UNIL, rappelle que les Églises s’investissent depuis des décennies en faveur des réfugiés, des pauvres ou des étrangers. « Ces actions en accord avec les valeurs qu’elles prônent augmentent leur capital sympathie auprès du grand public qui y voit une forme d’utilité publique, analyse le sociologue, études à l’appui. Mais paradoxalement, elles les positionnent plutôt à gauche en porte-à-faux avec les pratiquants qui de leur côté sont en moyenne plutôt de droite et estiment que les Églises n’ont pas à agir sur ce terrain humanitaire. »

 

 
Laurent Grabet

Religion | La VP juin 2016 n°5, p. 22

 

OUI à la loi sur l’asile le 5 juin 2016

La Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) et l’entraide protestante suisse (EPER) recommandent de voter oui à la révision de la loi sur l’asile en votation le 5 juin 2016, qui vise à raccourcir les procédures d’asile. Pour garantir que les droits fondamentaux des demandeurs d’asile soient respectés malgré des délais plus court, la nouvelle loi prévoit de leur mettre à disposition une assistance juridique.