POUR : le point de vue de Pierre Maudet

 

 

Votation du 9 juin 2013 sur la révision de la loi sur les requérants d’asile

Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge du Département de la Sécurité à Genève, a accepté de répondre aux questions de La Vie protestante.

Selon vous, la révision de la loi sur l’asile constitue-t-elle un durcissement ?

Les deux mesures principales que cette révision propose sont la mise en place de centres fédéraux réunissant tous les acteurs compétents pour le traitement des demandes d’asile et la possibilité de créer des centres sécurisés pour requérants récalcitrants.

La première mesure permettra d’accélérer le traitement des dossiers, dans l’intérêt de tous. Car laisser traîner les procédures, c’est plonger les requérants dans des mois, voire des années d’incertitude, rendant d’autant plus pénible leur retour en cas de décision négative, pour eux comme pour les autorités qui doivent procéder à leur renvoi.

La possibilité de mettre sur pied des centres sécurisés permettra d’apporter de la crédibilité à notre système d’asile, en séparant du reste des requérants ceux qui, de par leur comportement, n’en respectent pas les règles de conduite de base.

A Genève, par exemple, il s’agit de quelque 250 personnes qui nuisent directement à leurs coreligionnaires ainsi qu’à la population riveraine des centres, par une attitude pour le moins agressive, et qui nécessite des interventions quotidiennes de la police.

Il ne s’agit donc pas de durcir notre politique d’accueil comme une fin en soi, mais d’y apporter un surplus d’efficacité et de crédibilité, de mieux maîtriser les processus, tout en protégeant davantage les plus faibles du comportement d’un petit nombre.

Comment réagissez-vous aux arguments des opposants à la révision ?

Je comprends les craintes de certains milieux. Mais là encore, les deux mesures phares que j’évoque plus haut permettront de rendre notre système d’asile davantage crédible, tout en contribuant à accroître la dignité des procédures.

J’admets toutefois que la fin du dépôt des demandes dans les ambassades et les consulats, tout comme le fait que la désertion ne sera plus acceptée comme un critère valable de demande d’asile sont discutables même s’ils sont essentiellement dictés par une harmonisation des pratiques au plan européen et contrebalancés par des cautèles solides au niveau des garanties en termes de droits humains.

Est-ce faire la part belle aux partis nationalistes et populistes que d’aller dans le sens de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga ?

Dans ce dossier, Madame Sommaruga fait preuve de pragmatisme, d’humanité et sort le débat de sa traditionnelle ornière partisane. C’est essentiel si l’on veut pouvoir travailler sereinement, ce domaine étant trop important pour s’achopper à des clivages stériles.

A cet égard, la récente Conférence nationale sur l’asile qui s’est tenue à Berne en janvier dernier a montré une excellente collaboration entre cantons et Confédération, tous tirant à la même corde.

En luttant contre certains abus, en permettant de se doter de structures plus efficaces, cette révision, mesurée et responsable, permettra d’éviter, je l’espère, de nouvelles attaques contre les fondements mêmes de notre tradition en matière d’asile.

Propos recueillis par Daniel Bernard
La VP mai 2013 / n°4 – p. 7