Pierre Weiss : « ma foi me donne du courage »

 

 

En hommage à Pierre Weiss, décédé le 24 avril 2015, nous publions ci-dessous le portrait qui lui a été consacré dans notre édition d’octobre 2014.

 

 

A 62 ans, Pierre Weiss s’est lancé dans la rédaction d’une thèse sur la succession apostolique. Sa manière à lui de garder espoir en la vie à l’heure où il combat la seconde récidive de son cancer du cerveau.

 

 

Bio express
Pierre Weiss est né en 1952 à Genève, Sociologue et politologue de formation il a travaillé durant près de trente ans pour la Fédération des entreprises romandes à Genève. Il a aussi enseigné à l’Université de Genèveen tant qu’assistant, maître assistant puis chargé de cours.Député au Grand Conseil genevois depuis 2001, il a siégé dans les commissions fiscale, de contrôle de gestion, de l’enseignement supérieur et de l’énergie jusqu’à la fin 2014. L’ancien président du Parti libéral suisse a contribué à la naissance du Parti libéral-radical suisse (PLR). Il est membre du Comité directeur du PLR genevois et membre de la Présidence du PLR suisse.

 
La famille, la foi et la finitude sont les trois dogmes qui composent la Sainte-Trinité de Pierre Weiss. « J’ai toujours eu la foi. Je crois en la vie éternelle. J’ai aussi foi en ma famille : je me rends compte à quel point c’est essentiel d’être bien entouré. Et je le suis ! » explique le député.

S’il mentionne en passant l’injustice qui le touche – il n’existe que quatre cas comme le sien dans sa tranche d’âge par an en Suisse – ce n’est pas le genre de la maison de ressasser. Il préfère dire qu’il a de la chance dans son malheur, notamment celle de ne jamais avoir vraiment souffert. Sa grande crainte : que les traitements qu’il subit ne finissent par lui causer des difficultés à organiser sa pensée.

« Ce qui m’est arrivé dans la vie, je le dois à mon cerveau, si je pars ce sera à cause de lui », précise celui qui se décrit comme un optimiste invétéré. S’il a toujours préféré minimiser les problèmes afin de ne pas être submergé, il ne les nie pas pour autant et admet lutter tous les jours : « Il faut avoir du courage pour cela. Garder espoir est un travail quotidien. Ma foi me donne du courage. »

 

▲ Pierre Weiss / © Alain Grosclaude

 
Des projets pour rester en vie
Son astuce ? Multiplier les projets. L’écriture de sa thèse en est un. Il souhaite la terminer pour le 31 octobre 2017, date du 500e anniversaire de la publication par Luther de ses thèses à Wittenberg. L’envie de découvrir le monde « même si j’ai déjà visité beaucoup de beaux endroits » en est un autre, tout comme les travaux qu’il souhaite réaliser dans et autour de sa maison, pour lesquels il a demandé des autorisations de construire.

Durant l’été qui vient de se terminer, Pierre Weiss a déjà accompli certains vœux qui lui tenaient à cœur : fêter ses 40 ans de mariage et passer des vacances dans le Sud de la France avec ses trois enfants, à l’occasion du Festival international d’art lyrique d’Aix-enProvence. Depuis vingt ans, ce grand amateur d’opéra s’y rend régulièrement. Il compte revoir encore « ces lieux magiques ».

 
Sa famille
Cette année, en plus d’assister à Nabucco et à La Flûte enchantée, il a donc pu profiter de sa famille, sur laquelle il s’est recentré depuis sa maladie. De nouveaux souvenirs heureux se sont ajoutés aux précédents, certains avec son premier petit-enfant, Luca, « la huitième Merveille de l’Univers ».

Pierre Weiss dit, avec regret, qu’il aurait pu être un meilleur père. Peut-être pense-t-il à ses engagements politiques et associatifs prenants, débutés lorsque le plus jeune de ses fils avait 11 ans : « Mes enfants ont une certaine indulgence avec moi, peut-être parce que ma femme, enseignante, était très présente. » Il espère qu’ils ont vu dans son parcours un exemple de l’effort intellectuel qui, aujourd’hui encore, lui est essentiel. Ce n’est pas un hasard si Pierre Weiss a choisi un thème religieux pour sa thèse : il s’y intéresse depuis toujours. Fils d’un protestant et d’une catholique, il a grandi dans la maison familiale de cette dernière, dans le village de Soral « profondément catholique ». C’est pourquoi lui-même a été baptisé catholique. « Mon intérêt pour l’œcuménisme protestant-catholique s’explique par mon histoire familiale. Celui pour le judaïsme par l’histoire de l’Europe. »

Pour son examen d’histoire pour la maturité fédérale, Pierre Weiss a choisi comme thème l’affaire Dreyfus : « Comme d’autres, j’ai été marqué par la Shoah. C’est quelque chose qui m’a saisi lorsque j’étais ado. » Il est aujourd’hui président des sections genevoises de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et de l’Association Suisse-Israël. « Etre malade, c’est comme lutter contre le racisme : il ne faut jamais renoncer. Le conflit israélien joue un grand rôle dans la recrudescence de l’antisémitisme que l’on remarque depuis quelque temps, tout comme les préjugés multiséculaires contre les juifs. Il faut y faire attention. »

 
Sans conformisme
Il assume complètement son intérêt marqué pour les religions, même si afficher sa foi n’est pas dans l’air du temps : « Je ne me suis jamais préoccupé de conformisme. » Il s’est notamment fait l’auteur de plusieurs interventions devant le Grand Conseil dans ce domaine, dont certaines ont eu les résultats escomptés.

Pierre Weiss a, notamment, proposé un amendement qui a débouché sur le déclassement d’un terrain à Veyrier afin que les juifs puissent y être enterrés selon leurs propres règles. « Ils ont la nécessité d’une concession éternelle, alors qu’elle est limitée chez nous. Avant que la Loi sur les cimetières soit changée, leurs morts devaient être exportés : les sépultures ne pouvaient, en effet, être situées que du côté français du cimetière. »

 
Résurrection chrétienne
Il s’est également engagé dans une autre bataille, qui n’a, pour l’heure, pas encore abouti. Elle concerne les Grands Textes enseignés en 9e année au Cycle d’orientation : « Le recueil n’évoque pas le christianisme dans le chapitre consacré à la mort et aux représentations de l’au-delà. Ce n’est pas admissible de faire l’impasse sur l’optique spécifiquement chrétienne de la Résurrection. »

Sa foi, Pierre Weiss ne la pratique pas forcément au quotidien bien qu’il ouvre régulièrement ses deux Bible. Il la vit selon sa personnalité : « Chaque dimanche, j’écoute de la musique sacrée. C’est souvent une cantate de Bach. Il m’arrive aussi de prier, notamment lors d’un moment particulier, lorsque je passe une IRM, ou pendant mes trop nombreuses insomnies dues à mes traitements. » S’il a mis un terme à sa vie professionnelle ces derniers mois, il tient à conserver ses activités associatives et son mandat de député pour continuer à se battre et défendre les autres.

 

 

Anne Buloz

Portrait | La VP octobre 2014 / n°4 – p. 22 – 23