Pie Tshibanda : « dans cette église tout a changé pour moi »

 

 

Saint-Laurent-Eglise, vivait l’effervescence des grands jours hier dimanche, non seulement les fidèles allaient enfin découvrir le nouveau piano généreusement mis à la disposition de l’église, mais le programme proposait « en lieu et place de la prédication » de pouvoir rencontrer Pie Tshibanda, ce psychologue, écrivain et conteur congolais auteur du célèbre spectacle autobiographique « Un fou noir au pays des Blancs » qui retrace avec humour, vérité et tendresse les péripéties d’un émigré qui cherche refuge en Europe.

 

 

© Ntsoa de Genève
Pie Tshibanda entouré par le duo formé par Jean Chollet et Daniel Fatzer à Saint-Laurent-Eglise, Lausanne, dimanche 24 janvier 2016.

 

Après quelques cantiques de louange, Pie Tshibanda est invité au milieu de l’assemblée. Il prend la chaise à côté de Jean Chollet. Les deux hommes dialoguent le plus simplement du monde et à la fin de son intervention, comme à son habitude, il prendra le temps de répondre aux questions des membres de l’assemblée.

 
Ce lieu qui permet la rencontre fraternelle

S’exprimant d’une voix douce, la frêle silhouette de Pie Tshibanda en impose. Il répond aux questions par des mots simples. Mais à la lumière de ses réponses, on sent toute la profondeur de sa réflexion. A l’instar de cet échange où il esquive la question de Jean Chollet qui lui demande la place que devrait occuper l’église face au phénomène migratoire.

 

© Ntsoa de Genève
Pie Tshibanda devant le portrait de Martin Luther King qui orne la façade de Saint-Laurent-Eglise, Lausanne.

 

A travers la brève évocation de son récit d’exode, il rend tout d’abord hommage à toutes les belles rencontres qu’il a pu faire et qui ont jalonné sa trajectoire personnelle et permis de réussir son exfiltration du Congo. Si sa route en tant que migrant a été semée d’embûches, sa nouvelle vie dans cette terre européenne d’accueil n’a pas été des plus faciles non plus. Loin de sa famille, des siens et de son pays, Pie Tshibanda lève un voile sur la solitude qui est imposée à l’émigré. Un sentiment d’être invisible au milieu de la société qui a de quoi rendre « fou ».

Pie Tshibanda raconte alors s’être souvenu d’un proverbe qu’il tient de son grand-père « c’est celui qui a froid qui va vers le feu pour se réchauffer ». Conscient de sa propre vulnérabilité mais refusant son sort, il n’aura de cesse de tout faire pour provoquer cette rencontre avec l’autre. Dans son voisinage immédiat d’abord… en vain, ne récoltant que gène, méfiance ou incompréhension. Son chemin l’a finalement mené au seuil de l’église de son village, où le dimanche suivant il se présente publiquement à l’assemblée à l’issue de la messe. Désormais il n’est plus invisible, il a un nom et se fait des amis…. beaucoup d’amis.

« Ce jour là, dans cette église tout a changé pour moi »

 

© Ntsoa de Genève
A Saint-Laurent-Eglise, le dimanche commence toujours par le petit-déjeuner à 9h15, puis le culte à 10h, l’apéritif à 11h30 et le repas partagé à 12h30.

L’orateur capte toute l’attention de l’assistance. Son récit passionne. Les minutes réservées à la prédication ont été écoulées depuis longtemps. Le temps semble court, bien trop court. Certains sujets ne seront qu’affleuré. Toutes les questions ne seront pas abordées. Et déjà c’est la fin de la célébration. Place à l’après-culte suivi du repas communautaire préparé par des bénévoles. Moment hélas sans la présence de Pie Tshibanda qui doit déjà reprendre la route… attendu ailleurs, toujours cette volonté d’aller à la rencontre de l’autre.

 

 

Pie Tshibanda, cet infatigable porte parole des émigrés sans-voix fera une halte à Genève, « Un fou noir au pays des blancs », ce vendredi 29 janvier 2016 à 19h, au temple de Plainpalais, avenue du Mail 31 (au bout de la Plaine de Plainpalais, à côté d’Uni-Mail).

 

 
Ntsoa de Genève

La VP janvier 2016