Nils Phildius: « La plus belle aventure que j’ai vécue dans notre Église »

 

 

L’Atelier de spiritualité chrétienne achève son premier cycle. Méditation, créativité, lecture de la Bible… 25 personnes ont suivi ce chemin de « maturation spirituelle » durant deux ans. Rencontre avec son principal instigateur, Nils Phildius, alors même que l’atelier s’apprête à accueillir une deuxième volée de « chercheurs spirituels ».

 

 

▲ Nils Phildius /
© Eric Esquivel

Bio express

Nils Phildius, pasteure, Né en 1966 au Rwanda, Helvetico-Danois.

1985-2007 : Nombreux séjours à Taizé. Licence en théologie à Neuchâtel, puis treize ans de ministère pastoral heureux à Genève.

2007-2015 : Huit ans comme chargé de la formation professionnelle de l’EPG. Diplômes de formateur d’adultes, de thérapeute, et formation sur les exercices spirituels de saint Ignace.

Depuis 2005 : Suite à des crises de vie, découverte d’un « ailleurs de l’Église » bénissant et guérissant. Nouvel appel du Christ à « naître d’Esprit ».

 

 

Au coeur de la Vieille-Ville, le temple de la Madeleine se trouve coincé entre des rues aux noms évocateurs : Toutes-Âmes, Purgatoire et Enfer ! Pourquoi l’avoir choisi pour votre Atelier spirituel? La Paroisse suisse allemande désirait faire de ce temple un lieu d’accompagnement et de prière continue en ville. C’est elle qui nous a invités et qui l’a aménagé spécialement pour nous.

 
Parlez-nous de votre parcours personnel.

Je suis né au Rwanda de parents missionnaires helvético-danois, marié et père de quatre enfants. Si je suis devenu pasteur, c’est parce que j’ai toujours eu envie de vivre de Dieu, pas seulement dans ma tête mais au quotidien. J’ai vite senti que mes études de théologie n’arrivaient pas à répondre entièrement à cette quête profonde. En outre, j’ai toujours été attiré par la spiritualité monastique et j’ai fait de nombreux séjours à Taizé.

Au fil des années d’un ministère pastoral heureux, j’ai constaté qu’au sein de l’Église on prêche la confiance en la providence de Dieu, mais qu’on ne se tourne pas toujours vers lui quand la tempête gronde. On prêche la guérison tout en se méfiant de ceux qui se donnent les moyens de la vivre. On parle d’unification intérieure, mais c’est comme si personne n’en connaissait le chemin. Et surtout, on parle beaucoup du « Royaume des Cieux » mais sans dire comment l’atteindre.

 
Quand avez-vous ressenti le besoin de créer un Atelier de spiritualité chrétienne (ASC)?

Cet Atelier est né d’une expérience personnelle forgée au feu des crises. Sur mon chemin, j’ai fait des rencontres bénies avec des personnes qui vivent l’unification de leur être au quotidien. L’expérience aussi que le corps et la créativité sont d’excellents guides du travail intérieur et que le silence et la méditation sont indispensables pour se rendre « présent à la Présence ». J’ai aussi compris qu’il fallait être accompagné pour oser passer au travers des crises pour finalement retrouver la «joie imprenable ». Je suis convaincu que la parole du Christ ne peut pas être comprise comme un contenu à apprendre ou à comprendre, mais qu’il faut l’avoir expérimentée dans son quotidien. C’est pourquoi l’Atelier – qui est rattaché au Service catéchèse et formation d’adultes – propose à un groupe de 25 personnes de suivre un chemin de maturation spirituelle toutes les semaines pendant deux ans.

 

▲ Nils Phildius / © Eric Esquivel

 
Comment avez-vous formé votre équipe?

Je suis moi-même diplômé comme formateur d’adultes, et j’ai suivi une formation sur les exercices spirituels de saint Ignace. J’ai donc cherché des personnes qui vivaient une spiritualité profonde dans leur quotidien tout en étant formées à l’accompagnement ou à différentes approches spirituelles. Je tiens à souligner qu’elles sont toutes bénévoles. Quant à moi, j’y consacre 30% de mon ministère. Une supervision d’équipe nous aide aussi à avancer.

 
Quel est le lien des participants avec l’Eglise?

Deux tiers sont des distancés de l’Eglise ou des « nouveaux chercheurs spirituels » qui s’intéressent à des démarches corporelles, créatives, thérapeutiques et/ ou de développement personnel. Le but n’est pas de les faire ensuite venir dans nos paroisses mais simplement de leur offrir – pendant un temps défini – un lieu de cheminement spirituel qui se réfère au Christ et à la Bible. Après, ils sont libres de continuer ailleurs. Un couple de participants a néanmoins décidé de se marier à l’Église et de baptiser ses enfants !

 
Quelles sont les approches et les traditions sur lesquelles vous vous fondez?

D’abord sur l’enseignement et la vie du Christ. Mais il y a aussi les pères du désert, la tradition monastique, la spiritualité ignacienne, Etty Hillesum, Maurice Zundel, Christiane Singer, Karl-Graf Dürckheim, Jean-Yves Leloup et avec lui toute la tradition mystique et apophatique (qui procède par négation), ainsi que Jean Monbourquette, prêtre et psychologue québécois qui lui-même se fonde sur les travaux de C.G. Jung.

 
L’Atelier de spiritualité chrétienne est un lieu œcuménique d’expériences et de recherches spirituelles. Comment apprenez-vous aux gens à développer une vie spirituelle reliée au quotidien ? Doivent-ils faire des « devoirs »?

Chaque animateur propose des expériences en fonction de ses compétences : travail corporel, méditation, créativité, lecture priée de la Bible, etc. Le but n’est pas d’offrir un cours mais de s’exercer à devenir plus attentif à l’œuvre de l’Esprit dans nos vies. Nous demandons aussi que les personnes se trouvent un accompagnateur individuel. Donc pas de devoirs au programme, mais nous recommandons aux participants de tenir un Journal.

 
Parlez-nous des outils que vous utilisez.

La méditation silencieuse et la créativité permettent de faire un travail d’attention à son intériorité et au moment présent. La lecture priée des textes bibliques vient nourrir l’évolution intérieure. Dans les partages, nous nous laissons découvrir par le regard de l’autre en étant connectés à l’intuitif au-delà du mental et des étiquettes. Petit à petit, cela permet de se détacher de notre ego pour laisser émerger l’Être profond – cet espace du Royaume de Dieu qui est caché en nous.

 
Quel est le rôle du groupe?

Il est essentiel, car il donne le sentiment d’avancer ensemble et de former une vraie communauté durant ces deux ans. C’est aussi le lieu où les participants peuvent témoigner de leurs transformations intérieures et donc encourager les autres sur leur chemin.

 
La première mouture de l’Atelier de spiritualité prend fin en juin 2016. Allez-vous vous relancer dans une nouvelle aventure dès septembre?

Oui, la première volée – dont le fil rouge était le Journal d’Etty Hillesum – était très expérimentale, mais cela nous a permis d’en tirer des leçons qui nous seront fort utiles pour cette deuxième volée. N’hésitez pas à nous rejoindre, les inscriptions sont déjà ouvertes.

 

 
Marianne Wanstall-Sauty, pasteure.

Portrait | La VP avril 2016 n°3 – p. 22-23

 

Atelier de spiritualité chrétienne, 2e volée à venir

Septembre 2016 à juin 2018, 2h par semaine, le mardi, 15h-17h ou de 20h-22h, Fil rouge : Etty Hillesum

• 1er trimestre : introduction à l’atelier et aux diverses démarches
• 2e trimestre : accent sur les démarches créatives
• 3e trimestre : accent sur les démarches, méditation silencieuse

Pré-inscriptions : SCFA, rue Gourgas 24, 1205 Genève ou via courriel à formations@protestant.ch
Prix par trimestre : CHF 200.- (CHF 300.- pour les couples), CHF 80.- (étudiants/AVS/chômeurs).
Pour en savoir plus : visitez la page consacrée ici >>