Madame Guyon, Le pur amour et la quiétude

 

 

Passeport

Jeanne Marie Bouvier de la Motte dite Madame Guyon naît en 1648 et meurt en 1717. Mariée très tôt, elle est inquiète dans sa foi et la rencontre d’Archange Enguerrand lui ouvre les voies de l’intériorité spirituelle. Commence alors une expérience mystique d’une rare profondeur qui la conduit, veuve encore jeune, à un apostolat intense et à l’écriture d’œuvres mystiques majeures. Rencontrant Fénelon en 1688, elle fréquente Saint-Cyr et la cour de Versailles. Mais les entretiens d’Issy (1694) mettent en cause la doctrine du pur amour et Madame Guyon est bientôt emprisonnée 7 ans, sur lettre de cachet. Elle finit ses jours à Blois, entourée de disciples protestants.

 

 

▲ Madame Guyon par © Camille Sauthier | www.vpge.ch


 

 
Sa pensée

Centrée sur le pur amour et l’abandon de la volonté à Dieu, sa pensée conçoit la vie spirituelle comme un travail de Dieu en l’âme qui déconstruit les illusions du « moi-propriétaire », plus soucieux de la jouissance des dons de Dieu que de Dieu lui-même. La vie spirituelle suppose de passer des caps et ne va pas sans le consentement à une métamorphose. La joie de la présence de Dieu est suivie de la douleur de la nuit où l’on pense être abandonné. La plénitude de la paix divine suppose l’endurance patiente de ces moments d’épreuve et un coeur simplifié qui ne se retourne plus sur lui-même mais laisse sereinement la conduite de la volonté à la grâce divine.

 

 
Ses engagements

Soucieuse d’ouvrir à l’expérience spirituelle et à l’accueil de Dieu, Madame Guyon voyage à Grenoble, Marseille, et surtout est appelée par Madame de Maintenon à participer à l’encadrement des jeunes filles de Saint-Cyr. Des aristocrates de haut rang l’écoutent et sa spiritualité prend bientôt une discrète tonalité politique dans la mesure où elle bouscule les conceptions du catholicisme gallican et la religion de cour contrôlée par Louis XIV. Au terme de son incarcération, elle devient l’âme d’une petite communauté formée autour d’elle et qui fera connaître sa pensée à toute l’Europe protestante.

 

 
Créativité conceptuelle

Auteure de nombreux ouvrages, Madame Guyon invente un style, en particulier dans Les Torrents où elle décrit métaphoriquement les métamorphoses d’une créature ouverte au travail de Dieu. Dans la Vie par elle-même, Madame Guyon fait preuve d’une grande originalité dans l’écriture autobiographique et met en perspective ou crée des concepts-clés : « Foi savoureuse », « Paix-Dieu », « moi-propriétaire »…

 

 
Sa modernité

Femme laïque, Madame Guyon transgresse les codes de l’époque et les frontières imposées aux femmes. Spirituelle avertie et rigoureuse, elle a l’audace d’adresser sans autorisation une parole qui dérange des pratiques religieuses desséchantes.

 

 
Pour méditer

« Parce qu’il a perdu librement toute liberté créée, l’homme participe à la liberté incréée, qui n’est plus rétrécie, limitée, bornée pour quoi que ce soit : et cette âme est si libre et si large […] O état, qui te pourra décrire et que pourrais-tu craindre et appréhender ? » (Les Torrents)

 

 
Pour aller plus loin

  • La vie par elle-même, Paris, Honoré Champion, 2001.
  • Le Moyen court et autres récits, Grenoble, Jérôme Millon, 1995.
  • Marie-Louise Gondal, Madame Guyon. Un nouveau visage, Paris, Beauchesne, 1989.

 

 
Ghislain Waterlot,
Professeur d’Éthique, Faculté de théologie, UNIGE

Une figure spirituelle pour aujourd’hui | La VP décembre 2015 n°10 – p. 22

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