Les quatre profils types des (in-)croyants helvétiques

 

 

Une étude* menée par des sociologues des religions des Universités de Lausanne et de Saint-Gall, a permis de classer les suisses sous quatre catégories suivant leur rapport à la religion: les « institutionnels », croyants et pratiquants, représentent 18 % de la population. C’est un peu plus que les « laïcs » (12 %), qui sont indifférents aux religions, voire contre les Eglises. Les « alternatifs » (13 %) trouvent leur nourriture spirituelle dans des mouvements comme le New Age ou les traditions orientales. Enfin la majorité de la population suisse se classe dans les « distanciés » (57 %) [...] « ne sont ni religieux ni athées, croient en Dieu mais ne savent pas comment l’imaginer, sont souvent encore membres d’une Eglise sans savoir vraiment pourquoi. »
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[18 %] Institutionnel: Anne, 50 ans, réformée

Que représente Dieu pour vous ?
Pour moi, Dieu est relation. Ma relation avec lui a évolué, mais il a toujours été synonyme d’amour inconditionnel. Il est omniprésent en moi, dans la nature, dans les autres.

Quelle est l’origine de la vie ?
Alors ça… qui sait ? Même la science, actuellement, ne peut le dire. Au fond, peu m’importe, ma foi n’est pas dans l’explication mais dans la relation. Pour moi, c’est l’amour qui est à l’origine de toute chose.

Qu’y a-t-il après la mort ?
Je n’en sais rien, mais je crois que notre vie ne s’arrête pas avec la mort du corps. Libéré de l’enveloppe terrestre, nous pouvons rejoindre la transcendance, l’amour inconditionnel.

Les Eglises ont-elles une utilité dans la société ?
Les Eglises ont deux rôles majeurs selon moi : la catéchèse et le rassemblement communautaire. Je ne pense pas que les Eglises soient forcément nécessaires, mais on n’a pas trouvé mieux pour que les gens puissent vivre leur foi ensemble.

 

 

 

 

[12 %] Laïc: Julien, 39 ans, d’origine réformée

Que représente Dieu pour vous ?
Pour moi, c’est un concept assez abstrait, une forme d’explication du monde à laquelle je n’adhère pas.

Quelle est l’origine de la vie ?
Je n’ai pas la prétention de le savoir. Dire « c’est Dieu qui est à notre origine », c’est pour moi une réponse trop facile qui met fin au questionnement. Or, c’est le questionnement qui est intéressant.

Qu’y a-t-il après la mort ?
Pas grand-chose… On redevient poussière. L’idée d’un esprit qui survit au corps, je n’y crois pas.

Les Eglises ont-elles une utilité dans la société ?
Oui, certainement. Pendant longtemps, ellesont été des régulateurs sociaux, des repères moraux. Aujourd’hui, la liberté individuelle prévaut, chacun paramètre sa petite religion personnelle et je ne vois pas vraiment qui a repris ce rôle autrefois tenu par les Eglises. Je ne suis pas croyant, mais je partage de nombreuses valeurs incarnées par les Eglises, comme l’entraide et le partage.

 

 

[13 %] Alternatif: Catherine, 54 ans, d’origine catholique

Que représente Dieu pour vous ?
Mon prof de yoga dit: « Si tu ne peux pas voir Dieu en tout, tu ne peux pas voir Dieu du tout ! » Quand je vois la perfection de la nature, je pense que ça ne peut qu’être l’œuvre d’une énergie, d’une conscience qui nous dépasse.

Quelle est l’origine de la vie ?
Notre origine est vibratoire, énergétique. Où et comment ça a commencé, je n’en sais rien, mais je crois que nous baignons dans une conscience. Nous faisons partie du mystère.

Qu’y a-t-il après la mort ?
Dans ma philosophie, on n’est que de passage sur Terre. Lors d’états modifiés de conscience, il m’arrive d’entrer en contact avec des êtres décédés. Je ne suis sûre de rien, mais ces contacts me font dire qu’il y a quelque chose qui survit.

Les Eglises ont-elles une utilité dans la société ?
Elles peuvent être un cadre pour nous amener à nous relier à plus grand que nous. Mais la manière dont elles le font est tellement dogmatique que je ne m’y retrouve pas.

 

 

[57 %] Distancié: Cédric, 35 ans, d’origine catholique

Que représente Dieu pour vous ?
Une force supérieure vers qui orienter ses prières. Pour moi, il y a un seul « Dieu », une seule force créatrice, et chaque peuple s’est imaginé une religion, une manière d’entrer en relation avec lui.

Quelle est l’origine de la vie ?
Je ne crois pas du tout que le monde aété créé comme le dit la Bible. Mais jepense qu’il y a quelque chose qui nousdépasse qui a créé tout ça.

Qu’y a-t-il après la mort ?
Aucune idée ! J’aimerais qu’il y ait quelque chose après, mais je n’y crois pas plus que ça. Je laisse toutes les portes ouvertes, mais je crains qu’au final, on ne redevienne tous poussière.

Les Eglises ont-elles une utilité dans la société ?
Je pense qu’elles sont utiles pour ceux qui ont besoin de réconfort, d’écoute, d’aide matérielle (par les œuvres caritatives) et spirituelle. Personnellement, je n’en ai pas besoin, mais peut-être qu’un jour je serai demandeur. C’est bien de savoir qu’elles existent !

 

 

* Religion et spiritualité à l’ère de l’ego. Profils de l’institutionnel, de l’alternatif, du distancié et du séculier, par Thomas Englberger, Jörg Stolz, Judith Könemann, Mallory Schneuwly Purdie, Michael Krüggeler, Labor et Fides, collection Religions et modernités, février 2015, 320 pages.

En se fondant sur plusieurs enquêtes représentatives et plus de 70 entretiens approfondis, les auteurs de ce livre analysent les conséquences de l’hyper-individualisme contemporain sur l’expérience de la vie religieuse, spirituelle et séculière. La société de l’ego a vu se développer quatre types de relation au religieux-spirituel : l’institutionnel, l’alternatif, le distancié et le séculier.

 

Retrouvez le texte intégral dans notre édition papier.
Actualité | La VP décembre 2014 n°10 – p. 4-5