Le sentier huguenot a suscité l’enthousiasme de 150 randonneurs genevois

 

 

Genève a accueilli avec chaleur les trois marcheuses et le marcheur français qui ont parcouru 400 kilomètres sur les traces de l’exil huguenot en France. Les premiers pas du parcours suisse les ont menés de Chancy à la Vieille Ville.

 

 

Deux ans et demi après s’être lancé ce défi, Pascaline Chambart et Barbara Hunziker ont achevé leur randonnée sur la partie française du sentier « Sur les Pas des Huguenots » le dimanche 31 octobre, en rejoignant le Musée International de la Réforme (MIR) de Genève. L’agricultrice et la céramiste ont parcouru à pied près de 400 km depuis leur départ, le 1er octobre, du Musée du protestantisme Dauphinois de Poët-Laval.

Le duo composé des deux amies et de leurs ânes Besico et Choucar, porteurs chacun d’une quarantaine de kilos de bagages, s’est ensuite transformé en trio, puis finalement en quatuor après que Claude Brand les aies rejointes à Mens, puis Babette Bernard et son ânesse Pitchounette huit jours avant l’arrivée. Un groupe de près de 150 Genevois les a accompagnés pour la dernière étape, longue de 12,5 km entre les villages de Chancy et de Bernex.

Samedi 30 octobre
16h :
les marcheurs et leurs compagnons à quatre pattes sont accueillis chaleureusement à la borne frontière numéro 1, à Chancy, le point le plus à l’ouest de la Suisse, par un petit groupe d’une trentaine de sympathisants suisses. Le cortège prend le chemin de la salle communale, qui est le terme de cette 24e étape.

17h15 : le maire de Chancy, René Gunter, souhaite la bienvenue aux marcheuses et marcheurs au nom des autorités communales, autour d’un beau feu de joie : « Nous tenions à vous recevoir auprès d’un feu, un signe universel qui représente à la fois la chaleur et l’amitié. J’adhère à vos valeurs de tolérance et de solidarité ». La partie officielle, rythmée par la fanfare de Chancy-Collonges, est suivie par un apéritif sympathique et convivial, offert par la commune.

Dimanche 31 octobre
9h20 : fort d’environ 125 marcheurs, le cortège rassemblé devant le temple de Chancy débute son périple, qui est le premier tronçon sur territoire suisse, après un petit discours de Nicole Fischer. La vice-présidente de l’Association des ami-e-s du Musée internationale de la Réforme (AMIDUMiR) le conclut sur des mots d’encouragement : « bonne route sur le chemin de l’exil ».

10h17 : la première halte a lieu au temple d’Avully, après un agréable début de parcours sur un sentier bucolique surplombant le Rhône. Une plaque commémorative apposée contre le mur d’une des maisons du village rappelle que dans cette demeure, le maire d’Avully Henri Colladon accueillait son petit-fils Henry Dunant. Le futur fondateur de la Croix-Rouge, dont les ancêtres s’étaient réfugiés à Genève pour avoir embrassé la Réforme du 16e siècle, appelait ce domaine son « pays de Cocagne ». Il recevra le premier Prix Nobel de la Paix en 1901.

10h53 : la pluie profite de la petite pause gourmande effectuée à Cartigny – thé, café, soupe, cakes, chocolats, biscuits et fruits secs – pour faire son unique apparition de la journée. Une vingtaine de marcheurs se joignent au groupe.

11h52 : la Petite-Grave accueille à son tour le cortège. L’un de ses enfants, le berger Philibert, qui habitait à l’entrée du hameau, partit à pied en 1809 pour rejoindre la Russie sur les ordres de Charles Pictet de Rochemont. Il emmenait avec lui un troupeau de 900 têtes de moutons mérinos des bergeries du diplomate et futur ambassadeur de la République de Genève.

12h48 : c’est l’arrivée au centre paroissial protestant de Bernex pour un pique-nique bien mérité en ce jour de la Fête de la Réformation ! D’après les récits, lorsqu’ils arrivaient à Bernex et apercevaient à l’horizon la colline de Saint-Pierre, les réfugiés huguenots tombaient à genoux et remerciaient Dieu d’être désormais en sécurité sur cette terre d’accueil.

15h35 : après s’être regroupée au Jardin des Bastions, devant le Mur des Réformateurs, la petite troupe remonte la rampe de la Treille pour rallier le parvis de la Cathédrale Saint-Pierre.

16h21 : cette belle journée de partage, organisée par les AMIDUMiR, se termine par une cérémonie officielle. Françoise Demole, présidente de la Fondation du MIR et membre des AMIDUMIR, prend la parole : « Ce parcours européen est une manière de rendre hommage à tous les exilés de l’histoire, en Suisse et dans le monde entier ».

16h30 : Pascaline Chambart partage une dernière fois ses joies et ses émotions : « Durant cette randonnée, nous avons pu nous intéresser à de très nombreuses personnes et vice-versa. Ce sentier, j’y crois à fond, parce que les paysages sont magnifiques et les gens adorables. Il a une histoire et du sens. Je souhaite qu’il existe sur ses 1700 km et qu’une signalisation soit mise en place, un peu comme Saint-Jacques de Compostelle et ses coquilles ».

La Fondation VIA travaille actuellement au parcours suisse, qui reliera Genève à Schaffhouse, sur environ 380 km. Quatre étapes de ce tracé, qui pourrait devenir le sentier de la rencontre, de la tolérance et de l’ouverture, sont déjà bien avancées et le tronçon Aubonne-Morges devrait même être inauguré en septembre prochain.

 

 
textes et photos: Anne Buloz

La VP novembre 2010 / n°9

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