Dossier VP : La Vie protestante

Tout sauf un long fleuve tranquille !

Pour ce dernier clap, nous avons souhaité réunir les journalistes responsables de La Vie protestante. Une petite dizaine a répondu à l’appel lancé au beau milieu de l’été. Rendez-vous est pris en ce début septembre, dans le grand salon de la Maison Mallet. On sirote un verre et on sourit à cette dernière édition que vous tenez entre vos mains. On remonte le temps et on laisse affleurer les souvenirs, au fond pas si anciens que cela. L’évocation s’avère joyeuse, informelle. Les rédacteurs et rédactrices réuni-e-s semblent d’accord sur un point: « La Vie protestante a offert un espace de liberté incroyable ! »

Je ne peux, à mon tour, que vous confirmer cette sensation de liberté éprouvée durant ces dix-huit mois à la tête de votre Vie protestante. Une liberté ressentie à toutes les étapes de la production du magazine. Que ce soit le choix des thèmes, la mise en place du sommaire, les options graphiques, peu d’espaces éditoriaux laissent aujourd’hui autant de liberté journalistique. A cela s’ajoute le travail d’une équipe formidable. La réalisation des numéros qui m’ont été confiés a été un immense plaisir professionnel.

C’est cette notion de liberté que je souhaite souligner au moment où s’achève ce cycle. Au cours de ses 78 ans d’existence, qu’elle ait été hebdomadaire ou mensuelle, La Vie protestante a su faire valoir son esprit indépendant, tout en restant attachée aux valeurs chrétiennes. Depuis son lancement en 1938, veille de la guerre, elle conserve une ligne. La Vp  ne dénoncera pas les atrocités nazies, restant en cela fidèle à la ligne politique fédérale. Elle s’offusquera cependant du martyre d’un pasteur à Buchenwald et osera, dans ces moments de noire terreur, un article intitulé « Les juifs et nous ».

Pour ce dernier numéro, nous nous sommes plongées dans les archives du journal. Les Trente Glorieuses, le vote des femmes, la fin de la ségrégation, les affres du Cambodge, les attaques terroristes… Le magazine a vécu plusieurs guerres et rendu compte des affaires étrangères. Ainsi cette interview exclusive de Martin Luther King qui paraît sous la plume de Marie-Claire Lescaze en juin 1967.

Les controverses n’ont pas manqué et La Vie protestante s’est révélée tout sauf un long fleuve tranquille. Des prises de position jugées trop rouges en pleine Guerre froide, des mises au pilori de cultes radiophoniques qualifiés d’ennuyeux ont valu à quelques plumes acérées de devoir céder leur place. La parution d’un numéro critique, « La Vie proteste », montre que plusieurs rédacteurs n’ont pas plié l’échine et qu’ils ont su démontrer une rare solidarité dans des moments de crise.

A travers les archives, nous avons découvert la capacité de résistance de ce magazine. Il n’a jamais cessé de renaître de ses cendres y compris lors de ces dernières décennies, où la raison économique dicte sa loi. L’avènement des journaux gratuits, l’information numérique ont fait plier presque toutes les publications sur la place genevoise. Comment La Vp aurait-elle pu résister ? Plier plutôt que casser… La Vie protestante ne disparaît pas en cette fin d’année2016. Elle renaît une fois de plus. Un nouveau cycle commence avec Réformés. Que cet espace soit lui aussi ressenti comme libre, protestant et ouvert.
C’est le meilleur que l’on puisse lui souhaiter !

Chantal Savioz

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