La mobilisation des Romands pour les émissions religieuses de la RTS

 

 

Face à la décision de la RTS, la pétition « Soutenons RTSreligion » a récolté 23’000 signatures. Un « Olé ! » à l’échelle de la Suisse romande. Le 8 janvier dernier, le Comité de soutien les a remises à la direction de la RTS. État de la situation à la veille de négociations qui s’annoncent extrêmement tendues et des débats parlementaires sur le service public.

 

 

La RTS a annoncé le 17.11.2015 sa décision de supprimer l’ensemble de ses émissions religieuses en 2017.

 

Les faits en chiffres

Le 17 novembre 2015 la RTS annonce la suppression dès 2017 de trois programmes œcuméniques, pour des raisons d’économies. Deux à la radio, A vue d’esprit (Espace 2), Hautes Fréquences (La Première) et une à la télévision: Faut pas croire (RTS Un). Le financement des émissions religieuses est assuré par la RTS en ce qui concerne tous les aspects techniques alors que les Églises réformées et catholiques financent le personnel rédactionnel. Soit environ 2,8 millions par année à la charge de la RTS et 1,2 -1,3 million à la charge des Églises. La réduction de l’enveloppe RTS correspond donc à 1,2 million sur un budget de 2,8, soit une baisse de 40%. RTSreligion n’est pas le seul département touché. Cette mesure intervient dans un contexte d’économies générales. La RTS doit économiser 11,4 millions de francs, dont 6,9 millions dans le département des programmes. Plusieurs secteurs sont touchés comme par exemple RTSfiction (-55%) ou encore les achats de films et de séries (-25%).

 

Supprimer les magazines d’actualité religieuse de la RTS ? Vingt-trois mille auditeurs et téléspectateurs ont dit non ! Vendredi 8 janvier 2016, l’historien des religions François Mayer, accompagné des politiciens Ada Marra (Soc, VD), Dominique de Buman (PDC, FR), Jacques-André Maire (soc, NE) et Claude Ruey (PLR, VD), est allé remettre les signatures récoltées en quelques semaines seulement par la pétition « Soutenons RTSreligion » aux représentants de la direction de la RTS : Gilles Pache, directeur des programmes, et Pascal Crittin, secrétaire général. Cette pétition en ligne avait été lancée en novembre dernier, quelques jours après les attentats du 13 novembre à Paris, suite à l’annonce unilatérale de la RTS de supprimer à l’horizon 2017 les trois magazines religieux : Faut pas croire sur RTS un, Hautes Fréquences sur La Première et A vue d’esprit sur Espace 2. En quelques jours, des milliers de signatures sont tombées. Parmi elles, des représentants des milieux religieux, économiques, universitaires et politiques, toutes tendances confondues. Y figurent les paraphes notamment de Micheline Calmy-Rey, ex-présidente de la Confédération, mais également Luc Ferry, ancien ministre français de l’Éducation nationale.

 

© LDD – RTS / L’équipe sur le plateau de « Faut pas croire » : Cyril Dépraz (producteur), Nathalie Lanz (assis. de prod.), Lise Tran (recherchiste), Henri Sulzer (réalisateur), Aline Bachofner (journaliste présentatrice), Eléonore Ansari (secrét. de prod.), Emmanuel Tagnard (producteur). Les absents : Raphaël van Singer (réalisateur), Nicolas Pallay (réalisateur).

 

Le directeur de la RTS, Gilles Marchand, ne s’est guère montré surpris par la mobilisation des Romands : « Je sais que, comme d’autres, les émissions religieuses s’appuient sur des communautés actives », confiait-il dans les colonnes du mensuel vaudois Bonne Nouvelle, sous-entendant que les réseaux communautaires avaient été activés. Le directeur dit encore s’appuyer sur un plan d’économies globales de 40 millions échelonné sur trois ans. Les émissions religieuses ne sont donc pas les seules dans le collimateur. Mais les coupes sont les coupes et d’ici à 2017, 1,2 million sur les 2,8 millions actuellement alloués aux seules émissions religieuses seront supprimés.

 

Si Gilles Marchand souligne qu’il reste 1,6 million et qu’il demeure ouvert à des négociations, les partenaires protestants et catholiques que sont Médias-Pros et Cath-info se montrent, eux, plus que sceptiques. « Nous avons bel et bien été sollicités pour former un groupe de travail, confirme le directeur de Médias-Pro, Michel Kocher. Mais nous ne pouvons pas entrer en matière pour le moment. Il nous manque en effet les chiffres précis concernant les coûts des émissions. Nous ne pouvons pas discuter sur la seule pression des économies à réaliser ».

 
Décapitation

« Le mot “décapitation” fâche la direction de la RTS. Mais c’est bien de cela qu’il s’agit ! » commente de son côté François Mayer. Quant à une supposée mobilisation des seuls réseaux religieux pour les 23 000 signatures, le comité de soutien dans son ensemble balaie l’argument. « Il s’agit d’une vraie mobilisation populaire, souligne Michel Kocher, qui nous place en position de force. « Ce ne sont pas que les milieux d’Église qui ont signé cette pétition ! » confirme Claude Ruey. Le PLR vaudois rappelle que lorsqu’il était conseiller d’Etat, il bénéficiait régulièrement de tribunes libres dans la presse : « Celles qui touchaient les questions religieuses sont celles qui provoquaient le plus de réactions. La RTS a tort de croire que la religion ne touche que les milieux d’Église, cela fait partie de notre société. » Un constat que partage Jean-François Mayer : « Lancer une pétition, c’était un peu se soumettre au verdict de la population. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on a ressenti un fort soutien ».

 

Le plateau de « Faut pas croire » / © RTS

 

Une chose est certaine, les milieux politiques sont entrés de plain-pied dans le débat. La forte mobilisation en faveur du maintien des émissions religieuses ouvre en effet une brèche quant aux discussions parlementaires à venir. Qu’est-ce que le service public ? Et au fond pourquoi ne pas supprimer la redevance et privatiser les grandes chaînes, comme le réclament des partis comme l’UDC ? Le Conseil fédéral devrait publier prochainement un rapport attendu sur les missions des chaînes nationales. Pour Dominique de Buman, en parlant des seuls chiffres pour justifier les coupes sévères, la RTS « se tire une balle dans le pied ». Il rappelle par exemple que la répartition de la redevance favorise les minorités linguistiques. « De plus, la RTS a un rôle à jouer dans le vivre ensemble en permettant à toutes les minorités de s’exprimer. Il en va de son mandat de participer à la cohésion nationale. Sans attendre l’ouverture de la prochaine session des Chambres fédérales, le débat semble lancé, du moins de ce côté-ci de la Sarine. « Si la RTS adopte la seule logique des chiffres, avertit encore Dominique de Buman, elle fait le jeu de ceux qui sont opposés à la SSR ».

 
Chantal Savioz & Joël Burri, Protestinfo

Actualité | La VP février 2016 n°1

 

Comité de soutien

Un comité de soutien composé de politiques, de sociologues, d’artistes et d’écrivains a lancé une pétition en ligne pour demander à la direction de la RTS de renoncer à la suppression des magazines religieux diffusés sur les chaînes radio et TV du service public suisse romand. Cette pétition signée par 23’000 personnes a été remise le 8 janvier 2016 à la direction de la RTS.

 

« Les émissions religieuses ne produisent pas de baisse d’audience »

Michel Kocher est depuis 2008 directeur de Médias-pro, le Département Protestant des Médias en Suisse romande. En collaboration avec Cath-Info, son pendant catholique, cet office est chargé par la RTS de produire les émissions religieuses aujourd’hui menacées par les mesures d’économies.

Michel Kocher, à quand remonte la collaboration éditoriale entre la RTS et les Églises ?

Dès les origines de la radio à Genève et à Vaud, il y a trois quarts de siècle, les pasteurs étaient présents pour transmettre leurs valeurs. Cela est vrai pour la télévision également. Il y a une dizaine d’années, en fonction de la diversité dans la population, nous avons ouvert nos magazines à la dimension interreligieuse. Nous l’avons fait de notre propre initiative. En 2013 a vu le jour la première convention commune aux deux médias (radio et télévision) et aux deux Églises (catholique et réformée). C’est cette convention, qui arrive à terme à fin 2016, que la RTS souhaiterait ne pas renouveler sous sa forme actuelle.

Quels sont les principaux aspects économiques de la convention ?

Nous héritons d’un système de financement mixte et très complexe, en raison de la diversité des médias et des émissions (magazines et célébrations). En résumé, la RTS finance les moyens de production et les deux tiers des salaires des journalistes. Les Églises financent les salaires des producteurs et le tiers de ceux des journalistes.

Les émissions religieuses sont-elles satisfaisantes en termes d’audience ?

En coût minute, nos émissions sont parmi les moins chères de la télévision et aucune de leurs audiences ne plombe le service public. Il est faux d’affirmer que nos magazines sont peu suivis. La seule baisse modérée d’audience concerne les messes et les cultes TV, par ailleurs très coûteux, tandis que l’audience des célébrations radio est excellente. Ce sont même les émissions les mieux suivies d’Espace 2.

Jusqu’à quand les Églises pourront-elles produire des émissions interreligieuses ?

Ce n’est pas l’enjeu actuel. Le débat porte sur la nécessité ou non d’émissions religieuses offertes par le service public. La compétence des Églises n’est pas remise en question. Un élément plaide en notre faveur : notre expertise critique alliée à notre empathie de nature existentielle envers le religieux. Nous réfléchissons par ailleurs à intégrer des journalistes de culture juive et musulmane dans nos équipes.

Propos recueillis par Gilles Bourquin
pasteur, journaliste et co-rédacteur en chef de La Vie protestante Neuchâtel Berne Jura.