La procréation médicalement assistée défie les lois de la parentalité et de la filiation

 

 

Corine me consulte catastrophée : elle a donné naissance il y a un an à un petit garçon, après avoir eu recours à un don d’ovule en Espagne. Elle a beaucoup de peine à se sentir mère de cet enfant, qui a pourtant été conçu avec le sperme de son mari…

 

 

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▲Juliette Buffat /
© Alain Grosclaude

Je connais Corine depuis des années et l’ai suivie pour des troubles anxieux. Elle rêvait de trouver un mari et de fonder une famille, ce qu’elle a privilégié au détriment de sa carrière professionnelle. Elle a déjà une petite fille de cinq ans, dont elle s’occupe à plein temps avec bonheur. Comme nombre de femmes d’aujourd’hui, elle a dépassé les 35 ans quand elle essaie de faire un deuxième enfant. La fatalité l’a rendue stérile et sa réserve d’ovules est épuisée.

 
Don d’ovule ou mère porteuse ? 
Grâce aux fabuleux progrès des méthodes de procréation médicalement assistée, son médecin, spécialiste de la reproduction, lui propose un don d’ovule pour faire ce deuxième enfant tant désiré. La technique est coûteuse, mais son mari a les moyens de la lui offrir et elle se retrouve enceinte au second essai. La grossesse se passe physiquement bien, mais psychologiquement elle a de la peine à investir cet enfant qui n’est pas vraiment d’elle. Corine  se vit comme une « mère porteuse ». Depuis la naissance de ce fils qui a ravi son époux en lui offrant le descendant mâle dont il rêvait, elle se sent en porte-à-faux. Corine voit bien qu’elle a de la peine à aimer cet enfant comme s’il était le sien.

Elle a l’impression d’être sa nourrice quand elle l’allaite, ce qu’elle vit plus comme un devoir qu’un plaisir, contrairement à ce qu’elle a éprouvé avec sa fille. Elle n’ose pas avouer qu’elle aurait préféré donner cet enfant à une autre femme après son accouchement, plutôt que de devoir le garder… D’ailleurs, quand elle accompagne sa fille au parc et qu’elle se retrouve sur un banc, seule avec bébé dans sa poussette, elle raconte qu’elle est sa « jeune fille au pair », ce qui illustre bien son état d’esprit et son ambivalence !

 
Bébé étranger
Comment aider Corine à aimer cet enfant qu’elle ressent comme un « étranger » car il n’est pas issu de ses chromosomes ? Depuis des siècles, la maternité est un processus naturel qui tient du biologique, alors que la paternité est un processus de reconnaissance et d’adoption. Comment s’adapter à ces changements, provoqués par des médecins qui défient de plus en plus loin les lois de la nature, pour répondre aux demandes de leurs patientes ?
Aux temps bibliques, les femmes stériles prêtaient le ventre de leur servante à leur époux pour avoir des enfants. Certaines, comme Rachel, le vivaient bien, car elle savait que Jacob n’avait d’yeux que pour elle, ce qui rendait jalouse sa sœur aînée Léa pourtant très féconde*. D’autres, comme Saraï, ne supportant pas cette rivalité, ont chassé servante et enfant dans le désert, les malheureux n’ayant survécu que grâce à la bonté divine »** !

 
Comment savoir d’avance comment nous allons réagir en pareilles circonstances ? Quelles précautions prendre avant de procéder à ce type de traitement ? Ne faudrait-il pas qu’un psychiatre ou un psychologue évalue les futurs parents, comme cela se faisait aux débuts du don de sperme, pour éviter de telles complications qui engendrent ou réveillent de graves blessures d’attachement ?

 
*Genèse 29-30
**Genèse 16

 

 
Juliette Buffat,
Médecin psychiatre psychothérapeute FMH, sexologue médiatique et thérapeute de couple.

Sexualité et Religion | La VP mai 2014