Jésus de Nazareth, L’excès de l’amour

 

 

Passeport

Jésus est né avant la mort d’Hérode le Grand (4 av. J.-C.). Il naît et grandit à Nazareth, une petite bourgade en Galilée. Issu d’une grande famille juive, il exerce la même profession que son père, à savoir charpentier. Jeune, il rompt avec sa famille pour rejoindre dans le désert un prophète nommé Jean Baptiste et se fait baptiser par lui. De retour dans sa région natale, il sillonne la Galilée avec un groupe d’adhérents, hommes et femmes, pour annoncer l’avènement du Règne de Dieu. Lors de la fête juive de Pâque, il est arrêté à Jérusalem par des autorités religieuses et condamné à mort par Ponce Pilate, représentant l’autorité romaine de l’époque. C’est probablement à la veille de la fête de Pâque en l’an 30 qu’il subit la mort atroce par crucifixion. Contrairement à l’usage du monde gréco-romain, Jésus est enterré dans un tombeau, proche du lieu d’exécution. La suite ? Elle n’appartiendra plus à l’investigation de l’historien, mais au langage de la foi qui affirme la résurrection de Jésus, confessé comme le Christ – signe de la victoire de Dieu sur la mort.

 

 

▲ Jésus imaginé par © Camille Sauthier | www.vpge.ch

 

 
Les grands axes de sa pensée

Comme beaucoup de ses contemporains, Jésus attend l’avènement du Règne de Dieu dans un proche avenir. Il reprend cette représentation, tout en subvertissant son sens traditionnel. Tout d’abord, il change les paramètres temporels : le Règne de Dieu est en train de se réaliser « ici et maintenant » et non dans un futur indéterminé. Ensuite, le Nazaréen conçoit le Règne de Dieu comme un événement libérateur, non violent, non nationaliste et non militariste. Imperceptiblement, il se fraie un chemin (déjà) au sein de la misère de ce monde, comme une semence qui pousse d’elle-même, on ne sait comment (Mc 4,26-29). Quels en sont les signes visibles ? Non pas une catastrophe cosmique ou une guerre ultime des « fils des lumières » contre les « fils des ténèbres ». Mais des paroles qui font sens et qui interpellent (des paraboles !). Des actes de guérison. Ou encore des repas communautaires avec des gens suspects de la société de l’époque.

 

 
Sa modernité

L’expérience religieuse d’un Dieu entièrement créateur qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et qui fait pleuvoir sur les justes et les injustes » (Mt 5,45) débouche sur une éthique de l’excès qui trouve sa colonne vertébrale dans la consigne éthique la plus extrême qui soit, à savoir celle d’aimer ses ennemis (Mt 5,44) – une attitude désintéressée qui n’attend aucune contrepartie de la part du prochain, mais qui agit par pure gratuité. Un tel amour ne serait plus réactif et symétrique, mais entièrement actif, asymétrique, créateur de relations et de sens.

 

 
Une question à méditer

Jésus n’était pas seulement prophète des derniers temps, mais aussi maître de sagesse – un exemple : « Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni, pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? » (Mt 6,25).

 

 
Pour aller plus loin

  • Jürgen Becker, Jesus of Nazareth,trad. de l’allemand par J.E. Crouch, Berlin, de Gruyter, 1998.
  • Jacques Schlosser, Jésus de Nazareth, Paris, Agnès Viénot Ed., 2e éd. 2002.
  • Gerd Theissen, L’ombre du Galiléen, trad. de l’allemand par J.-P. Bagot, Paris, Cerf, 11e éd. 2007.

 

 
Andreas Dettwiler,
Professeur de Nouveau Testament, Faculté de théologie, UNIGE

Une figure spirituelle pour aujourd’hui | La VP décembre 2015 n°10 – p. 22

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