Jésus, ce révolutionnaire qui ne cesse de fasciner

 

 

La Faculté de théologie de l’Université de Genève organise de mars à mai 2016 un cours ouvert à un large public intitulé A la recherche du Jésus de l’histoire. Une question qui passionne chercheurs et public depuis plus de deux cents ans.

 

Gros plan sur le Christ Pantocrator, au sommet du dôme sud de l’ésonarthex, dans l’église byzantine du Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul.

 

Quel est le lien entre le thriller érotique Basic Instinct (1992), le film de science-fiction RoboCop (1987) et Jésus de Nazareth ? Aucun, à première vue. Et pourtant – le réalisateur de ces films à succès planétaire, le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven, est un grand passionné de Jésus. Après avoir assisté pendant de nombreuses années au Jesus Seminar – un groupe de chercheurs américains fondé en 1985 et actif pendant une vingtaine d’années –, Verhoeven décide de publier en 2005 sa propre version des faits. La traduction française sera publiée trois ans plus tard sous le titre « Jésus de Nazareth », présentant en première de couverture un Jésus en forme de Che Guevara.

 

Ainsi, le ton est donné : le Jésus de Verhoeven est un Jésus révolutionnaire, un homme de chair et d’os, perçu comme « un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs » (Lc 7,34), quelqu’un qui bouscule les traditions religieuses de son temps et quine cesse de croire en l’utopie d’un Règne de justice et d’amour à venir (en version de Che Guevara : en la réalisation de l’idéal marxiste). Quelqu’un qui provoque l’ire des puissants de ce monde et qui sera finalement exécuté à un jeune âge dans des circonstances plutôt opaques (en version de Che Guevara : exécuté sans procès formel par l’armée bolivienne, avec la complicité de la CIA, selon Verhoeven, 2008, p. 41).

 

Bio express : Andreas Dettwiler

Études de théologie aux Universités de Berne et de Tübingen, puis assistant aux Universités de Neuchâtel et de Zurich. Entre 1997 et 2004, professeur de Nouveau Testament à la Faculté de théologie de Neuchâtel. Depuis 2004 professeur de Nouveau Testament, à la Faculté de théologie de l’Université de Genève.

Parmi ses publications françaises, Mythe et science (co-éd.avec C. Karakash, 2003), Paul, une théologie en construction (co-éd. avec J.-D. Kaestli et D. Marguerat, 2004), La source des paroles de Jésus (Q) aux origines du christianisme (co-éd. avec D. Marguerat, 2008).

 
Les démons du passé

Selon les sensibilités politiques de chacun, une telle vision du fils le plus célèbre de Nazareth exerce un pouvoir d’attraction certain. Mais quelle objectivité peut-il y avoir derrière une telle vision ? N’avons-nous pas tendance à écarter des traits qui nous gênent et qui n’entrent pas harmonieusement dans la vision préfabriquée de « notre » Jésus, qu’il soit celle du révolutionnaire (Paul Verhoeven) ou celle du philosophe « new age » (Frédéric Lenoir), prêchant une spiritualité universelle, si possible épurée de toute référence à une transcendance ? Plus inquiétant encore, un tel Jésus anticonformiste, voire « antisystème », ne risque-t-il pas d’éveiller les vieux démons du passé, à savoir des postures antijuives, voire antisémites ? On voit que le terrain d’investigation est certes passionnant, mais semé d’embûches. En organisant de mars à mai 2016 un cours ouvert à un large public intitulé « A la recherche du Jésus de l’histoire », la Faculté de théologie de l’Université de Genève essaie de reprendre à nouveaux frais cette question qui passionne chercheurs et public depuis plus de 200 ans.

Que pouvons-nous dire aujourd’hui d’un point de vue historique sur Jésus de Nazareth ? A-t-il bel et bien existé ? Quel était son milieu culturel, religieux et familial ? Qu’en est-il des travaux archéologiques récents sur la Galilée de l’époque ? Quelle était la relation de Jésus avec son maître à penser, à savoir Jean-Baptiste ? Quel était son rapport à la Torah, la Loi juive ? Par qui et pourquoi a-t-il été condamné à une mort infamante ? Comment les premières communautés chrétiennes après Pâques ont-elles traité la question de l’identité de Jésus, confessé comme le Christ ?

Voici quelques-unes des questions que ce cours tentera d’aborder. Comme il se doit pour toute approche historique, les réponses ne seront pas définitives, mais sujettes à débat. Les approches seront plurielles et multidisciplinaires. Quelques-uns des meilleurs chercheurs dans le domaine, comme l’archéologue Jürgen Zangenberg (Université de Leiden), l’exégète Gerd Theissen (Université de Heidelberg) ou encore les anthropologues et historiens Adriana Destro et Mauro Pesce (Université de Bologne) nous aideront à affiner notre regard et à bousculer nos lectures.

 

Plan large sur le Christ Pantocrator, au sommet du dôme sud de l’ésonarthex, dans l’église byzantine du Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul.

 

A la recherche du Jésus de l’histoire
C’est une série de 10 cours publics qui auront lieu les jeudis de 18h15 à 19h30, à l’Uni Bastions, salle B106.

Programme

 

  • Jeudi, 3 mars 2016 Jésus a-t-il bel et bien existé ? La question des sources
    Prof. Andreas Dettwiler, Université de Genève
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  • Jeudi, 10 mars 2016 Jésus : un Juif de la Galilée
    Prof. Jürgen K. Zangenberg Université de Leiden, conférence en anglais ; traduction française à disposition
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  • Jeudi, 17 mars 2016 Jésus et Jean-Baptiste – rupture ou continuité ?
    Prof. hon. Gerd Theissen, Université de Heidelberg
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  • Jeudi, 7 avril 2016 Jésus en relation – des adeptes, des alliés et des adversaires
    Prof. Enrico Norelli, Université de Genève
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  • Jeudi, 14 avril 2016 Jésus le poète, maître de sagesse
    Prof. hon. Daniel Marguerat, Université de Lausanne
  • 21 avril, 28 avril, 12 mai, 19 mai, 26 mai | La suite du programme est à consulter ici >>

     

     
    Andreas Dettwiler
    professeur de Nouveau Testament, Faculté de théologie, Université de Genève.

    Religion | La VP février 2016 n°1 – p. 22-24

    La page officielle UNIGE de Andreas Dettwiler pour faire plus ample connaissance, retrouver ses domaines de recherche, ses publications et bien plus…