Jakob Böhme, Un mystique au temps des guerres de religion.

 

 

Passeport

Jakob Böhme naît en 1575 près de Görlitz, en Haute Lusace, dans une famille luthérienne. Après avoir fréquenté l’école de son village, ses parents, des paysans aisés, l’orientent vers le métier de cordonnier. Marqué par une profonde vie spirituelle, en 1612 il rédige un mémorial intitulé L’Aurore naissante. Une copie du texte commence à circuler à son insu et le pasteur Gregor Richter le dénonce publiquement comme « hérétique dangereux ». Arrêté pendant quelques jours, son manuscrit lui est confisqué et on lui interdit de continuer à écrire. Après sept ans de silence, en 1619, au lendemain de la déclaration de la guerre de Trente Ans, il reprend la plume et rédige plusieurs traités spirituels qui circuleront dans le milieu protestant. Il meurt le 17 novembre 1624, après avoir subi quelques jours plus tôt un dernier interrogatoire des autorités ecclésiastiques..

 

 

▲ Jakob Böhme par © Camille Sauthier | www.vpge.ch

 

 
Ses grands engagements

Accablé par l’hostilité de ses adversaires, malgré les souffrances causées par la guerre, le cordonnier de Görlitz demeura convaincu que par la foi l’homme est en mesure de renaître à une nouvelle vie dès à présent et de faire briller même au milieu de la nuit et dans les moments de crise une étincelle d’espérance divine cachée au fond de l’âme ; car l’homme, d’après Böhme, « est un buisson hérissé d’épines meurtrières. Mais parmi ces épines une rose fleurira et elle révélera le trésor caché » (De la signature des choses).

 

 
Les grands axes de sa pensée

La doctrine de Böhme est fondée sur une réflexion anthropologique et éthique qui anime la quête identitaire de l’homme déchiré entre le bien et le mal. Dans ces ouvrages, structurés autour du thème de la renaissance spirituelle et de la manifestation de la lumière divine sur la Terre, Böhme décrit la relation d’amour entre une âme régénérée par la foi et un Dieu vivant qui remplit l’espace spirituel ainsi que le monde qui porte les traces de sa présence.

 

 
Sa modernité

Dans ses écrits spirituels, le mystique allemand encourage l’homme à oser un changement radical de son existence, en insistant sur le fait que la Grâce divine ne doit pas être acceptée passivement. Si l’œuvre du salut n’est plus à attendre, néanmoins pour renaître en Jésus-Christ il faut que l’homme s’ouvre à l’Autre afin de laisser à l’Esprit la possibilité de le régénérer, car la vraie foi, précise-til, consiste à renouveler en soi, de manière active, la naissance et la vie du Fils de Dieu.

 

 
Une question à méditer

« Quand vous priez le Dieu saint dans son ciel, vous le priez dans le ciel qui est en vous ; ce même Dieu perce par sa lumière au travers de votre cœur, et en elle l’esprit saint ; et il engendre votre âme pour être un nouveau corps de Dieu, qui règne avec Dieu dans son ciel. » (L’Aurore naissante)

 

 
Pour aller plus loin

  • Jakob Böhme, Confessions, Paris, Fayard, 1973.
  • Jakob Böhme, De la signature des choses, Paris, Grasset, 1995.
  • Pierre Deghaye, La naissance de Dieu, ou la doctrine de Jacob Boehme, Paris, Albin Michel, 1985.

 

 
Mariel Mazzocco
collaboratrice scientifique à l’IRSE, Faculté de théologie, UNIGE

Une figure spirituelle pour aujourd’hui | La VP novembre 2015 n°9 – p. 25

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