Jacqueline Kelen, une Présence divine guide ma vie

 

 

Auteure d’une trentaine d’ouvrages, la plupart consacrés aux grands mythes et figures mystiques, Jacqueline Kelen a très tôt ressenti une présence invisible et aimante. Ce « cadeau de naissance » ne l’a jamais quittée.

 

 

Le Chat qui s’en va tout seul. C’est ainsi que ses parents surnommaient Jacqueline Kelen lorsqu’elle était enfant. En référence au conte de Rudyard Kipling dans lequel l’Homme et la Femme voulurent auprès d’eux des animaux dociles et serviables. Ils réussirent à tous les domestiquer à l’exception d’un Chat très malin… Un demi-siècle plus tard, l’écrivaine n’a pas changé : elle continue à suivre son propre chemin, avec audace et liberté. Elle reconnaît être éprise d’absolu, et de silence aussi.
 
« Je m’ébroue des conventions, de l’uniformité et du conditionnement, qui sont des choses parasites. L’être humain a la liberté de ne pas se conformer. Chacun a son chemin singulier, plus difficile à suivre parce qu’il demande des sacrifices, mais en même temps joyeux », précise-t-elle. Le sien, elle n’en a jamais dévié. Certains la pensent insoumise, elle parle plutôt d’un parcours libre et singulier, qui demande des sacrifices et refuse la peur. Elle l’espère ancré en Dieu.

 

▲ Jacqueline Kelen / © Elodie Sueur-Monsenert

 
« Je dois tout aux livres »
Passionnée par les livres dès son plus jeune âge – elle lisait déjà à 5 ans –, l’enfant solitaire qu’elle était a été nourrie aussi bien par les contes de Grimm, Perrault ou l’Odyssée que par les mythes, notamment les récits du Moyen Age. « C’est une merveille. Ils ont stimulé mon imagination, éveillé ma sensibilité et m’ont ouvert à d’autres mondes », dit-elle. C’est d’ailleurs par amour pour les livres et la langue française qu’elle a choisi d’étudier la littérature classique.
 
Jacqueline Kelen découvre alors « un trésor fabuleux » : les philosophies grecque et latine et par là même les grands mythes de l’Occident, notamment la Table ronde, la quête du Graal, Tristan et Iseut, la Toison d’or, les Travaux d’Héraclès… « Je dois tout aux livres. Ils sont fondamentaux, c’est l’école de la liberté et de la profondeur. » D’ailleurs, ses amis, ses compagnons de route, ce sont les grands esprits qu’elle a rencontrés au fil de ses lectures. Ils ont presque tous vécu il y a des siècles ou des millénaires.

 
« Marie-Madeleine m’a choisie »
Alors qu’elle se destinait à l’enseignement, à un travail de bibliothécaire ou dans l’édition, Jacqueline Kelen s’est lancée dans l’écriture de ce qu’elle pensait être son seul livre. « Provoquée par Marie-Madeleine », qu’elle voit dans ses songes et sur laquelle elle se pose de nombreuses questions, elle décide de lui consacrer un ouvrage pour éclairer toutes les images qu’elle a d’elle. Une trentaine d’autres suivront !
 
« Dans la religion chrétienne, surtout chez les catholiques, Marie-Madeleine est une pécheresse, une prostituée, alors que dans des tableaux et des poèmes magnifiques elle apparaît comme une femme grande de cœur et d’esprit. Dans les récits évangéliques, elle est présente dans les moments majeurs de la vie de Jésus, en particulier en étant la première à le voir ressuscité. Ce n’est quand même pas rien ! » rappelle l’écrivaine.
 
Si Marie-Madeleine l’a « choisie », c’est peut-être parce que Jacqueline Kelen a dès sa plus tendre enfance eu le sentiment « d’une Présence avec un grand P ». A ce moment-là, elle ne la qualifiait pas encore de divine. Des décennies plus tard, cette Présence aimante et protectrice reste pour elle une certitude absolue. Elle considère comme la grâce de son existence le fait de l’avoir reçue comme cadeau de naissance : « Avoir au plus profond de moi comme un trésor inaliénable le sentiment du divin guide ma vie et ce que j’écris. »

 
Distancée de l’Eglise catholique
La Française, qui a suivi l’enseignement d’une institution catholique de la maternelle au Bac, a souvent écrit sur les femmes, entre autres Les Femmes éternelles et Les Femmes et la Bible. La parole des femmes étant pour elle essentielle, le fait que dans la plupart des religions – à part notamment la réformée et l’anglicane – « elles n’ont pas le droit à la parole et sont jugées inférieures » l’a conduite à s’en éloigner. Les dogmes et le clergé catholiques l’insupportent également.
 
Son combat spirituel ? L’athéisme militant qui rabaisse l’Homme à un organisme avec un peu de psychologie et beaucoup de neurones et d’hormones. « Cette idéologie matérialiste assure qu’il n’y a rien après la mort, rien dans l’invisible. Elle veut éradiquer en l’être humain son désir d’éternité et justement ce sentiment du divin qui fait sa grandeur. Cela me paraît extrêmement grave et dangereux », regrette Jacqueline Kelen. Elle abordera ce thème de la fierté spirituelle lors de ses prochaines conférences, les 6 et 7 mars à Crêt-Bérard (voir encadré).

 

Anne Buloz

Portrait | La VP mars 2015 n°3 – p. 24-25

 

Dans Sois comme un Roi dans ton cœur, Jacqueline Kelen aborde son parcours spirituel et intellectuel. Elle parle de son goût des livres, de son sens du secret, de la singularité et des difficultés d’avoir choisi la voie solitaire dans laquelle elle s’est embarquée dès l’enfance. L’écrivaine présente également les mystiques dont les écrits et les vies l’ont nourrie.
 
Sois comme un Roi dans ton cœur, livre d’entretiens avec Jacqueline Kelen. Labor et Fides, collection Itinéraires spirituels, 2015, 168 pages.

Rendez-vous

Jacqueline Kelen donnera deux conférences intitulées « Propos d’une insoumise » les vendredi 6 et samedi 7 mars 2015 à Crêt-Bérard (entre Lausanne et Vevey) dans le cadre du Festival d’auteurs « Livre à vivre ». Elle animera également un séminaire sur le même thème le samedi matin. Plus d’informations sur www.cretberard.ch ou sur www.livreavivre.ch
 
Elle abordera le thème de la fierté spirituelle : « Cela renvoie à la question : un être humain peut-il vivre sans grandeur ? Dans la religion chrétienne, les fidèles entendent très souvent parler de la faiblesse de l’être humain, de son péché et de son indignité. Pourtant, Jésus n’a pas arrêté de relever, de redresser et de restaurer dans leur dignité toutes les créatures qu’il a rencontrées. »