Grégoire de Nysse : « Le chemin sans fin vers Dieu »

 

 

Passeport

Théologien du IVe siècle ayant vécu en Cappadoce (Turquie), évêque de la petite ville de Nysse. Avec son frère Basile et Grégoire de Naziance, il fait partie des trois « cappadociens », théologiens du IVe siècle encore très admirés, surtout par les chrétiens orientaux. Défenseur des décisions doctrinales du concile de Nicée concernant l’égalité parfaite (consubstantialité) du Christ avec le Père (325), ses adversaires lui font subir l’exil. Il participe au premier concile de Constantinople en 381 (2e grand concile œcuménique après celui de Nicée). Parmi ses ouvrages les plus importants : La Vie de Moïse et ses Homélies sur le Cantique des Cantiques.

 

 

▲ Grégoire de Nysse par © Camille Sauthier | www.vpge.ch

 

 
Les grands axes de sa pensée

Marqué par la pensée grecque classique et par sa lecture des deux Testaments, Grégoire pratique l’interprétation allégorique de l’Ecriture et développe une réflexion très poussée sur les limites du langage et de l’entendement humains pour parler de Dieu. L’être de Dieu est infini et dépasse tout ce que l’être humain peut nommer ou comprendre. Moïse, sous la plume de Grégoire de Nysse, devient le modèle du chemin qui conduit à la contemplation de Dieu. Sur ce chemin, le « désir » sans fin est la réalité décisive. Traduites en latin, plusieurs œuvres de Grégoire de Nysse ont eu une grande influence sur le christianisme occidental.

 

 
Une question à méditer

Souvent, le christianisme a imaginé la « vie éternelle » de manière statique, comme si le cheminement des humains y prenait fin une fois pour toutes. Grégoire de Nysse propose une vision dynamique : le désir ne parvient pas à son terme mais est avivé dans le « face-à-face ». Comme Dieu, le désir humain est sans bornes : « Et c’est là réellement voir Dieu que de ne jamais trouver de satiété à ce désir. Mais il faut, regardant toujours à travers ce qu’il est possible de voir, être enflammé du désir de voir davantage par ce qu’il est déjà possible de voir. Et ainsi nulle limite ne saurait interrompre le progrès de la montée vers Dieu. » (La Vie de Moïse, §239, Sources chrétiennes 1bis, trad. Jean Daniélou, Paris, Cerf, 2007, p. 271).

 

 
Sa modernité

Grégoire de Nysse rappelle le caractère insaisissable de Dieu, même (et surtout !) quand Dieu rencontre le monde et l’humain. Les conséquences de cette vision des choses sont déterminantes, y compris pour le dialogue des chrétiens avec des membres d’autres religions et avec la société contemporaine. Vivre la foi, c’est être prêt à recommencer toujours à nouveau, en accueillant ce que Dieu donne jour après jour, sans prétendre posséder quoi que ce soit :

« Celui qui s’approchera d’une telle source [la source originelle] admirera, certes, cette eau inépuisable jaillissant et se répandant à chaque instant. Si longtemps qu’il demeure près de la source jaillissante, toujours il en sera au commencement de sa contemplation de l’eau : car l’eau ne cessera de toujours couler et de toujours recommencer à jaillir. Ainsi en va-t-il de celui qui porte ses regards sur la divine et infinie Beauté : comme ce qu’il découvre à chaque instant se révèle plus extraordinaire et plus merveilleux, sans comparaison, avec ce qu’il a déjà pu saisir, il admire ce qui ne cesse de surgir devant lui. »

11e Homélie sur le Cantique, §2, in Homélies sur le Cantique des Cantiques, trad. Adelin Rousseau, Bruxelles, Lessius, 2008, p. 236-237.

 

 
Pour aller plus loin

  • Grégoire de Nysse, Homélies sur le Cantique des Cantiques, trad. Adelin Rousseau, Bruxelles, Lessius, 2008.
  • Michel Corbin, La Vie de Moïse selon Grégoire de Nysse, Paris, Cerf, 2008.

 

 
Christophe Chalamet
professeur de théologie systématique, Faculté de théologie, Université de Genève.

Une figure spirituelle pour aujourd’hui | La VP octobre 2015 n°8 – p. 25

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