Gabriel Amisi : « Aujourd’hui, je suis debout ! »

 

 

« De la cendre a jailli une petite étincelle qui a donné le feu. » C’est ainsi que Gabriel Amisi, qui avait tout perdu en quittant son pays, raconte comment il a pu se relever et devenir pasteur à Genève.
Il se confie dans le cadre de la Journée du réfugié du 21 juin 2015.

 

 

Gabriel Amisi, où avez-vous passé votre enfance ?

Je suis né en 1976 au Zaïre, l’actuelle République démocratique du Congo (RDC). Mon papa, Congolais de l’ethnie des Tutsis mulenge, avait de grandes responsabilités politiques. Ma mère était Hutue du Rwanda.

 
Votre vie a soudainement basculé, que s’est-il passé ?

Quand le Rwanda a déclaré la guerre à la RDC, tous les Rwandais étaient suspects. En raison de ses origines, mon père a été soupçonné de trafic d’armes, et mes parents ont été arrêtés et portés disparus. Des soldats ont fusillé mes deux frères sous mes yeux et ma sœur a disparu.

 

 

▲ Gabriel Amisi devant le Mur des Réformateurs à Genève / © EPER

 

 
Comment avez-vous pu réchapper de ce drame ?

Des prêtres m’ont recueilli et m’ont aidé à fuir en Suisse, car les Rwandais étaient brûlés vifs dans les rues.

 
Comment s’est passé votre accueil en Suisse ?

J’étais déboussolé et abandonné dans ce monde inconnu où je ne connaissais personne. J’ai été traité de manière inhumaine et insulté au centre de requérants de Crissier. Même les animaux ont plus de valeur ici ! On m’accusait d’être un dealer, de vouloir profiter de la Suisse alors que la qualité de vie que j’avais chez moi était cent fois meilleure que celle que j’ai même aujourd’hui !

 
Comment avez-vous pu vous remettre en marche ?

J’ai appris à vivre cette situation dans la foi. Un jour, une dame m’a invité pour Noël. C’était mon premier repas chaud depuis que j’étais en Suisse et une soirée mémorable. Sa fille m’a introduit dans son réseau d’amis. C’est ainsi que j’ai rencontré une jeune femme qui m’a ouvert toutes les portes.

Devenir pasteur était une évidence ?

Après ce que j’avais vécu, me dédier à la pastorale était ma manière de dire merci d’avoir été soustrait à la mort.

A propos de statut, comment êtes-vous devenu réfugié ?

Mon cas a été rejeté trois fois, je n’avais plus droit au recours. Sous l’impulsion de Luc Recordon, mes amis suisses ont lancé une pétition au Grand Conseil vaudois, ce qui m’a permis d’obtenir le permis B.

Et maintenant, où en êtes-vous ?

Je suis pasteur à Anières et à Vésenaz depuis août 2014.
Je me suis marié il y a un an et demi, et je viens de devenir papa ! Je me sens épanoui et heureux de ce que je suis devenu.

Subissez-vous encore des préjugés ?

Mon statut a bien changé. Mais je subis encore du rejet, qui s’estompe quand on apprend à me connaître.

Quelles leçons avez-vous tirées de votre parcours du combattant en Suisse ?

Aller de l’avant, être persévérant et fier de qui on est.
Pour reprendre la parabole du paralytique, je suis arrivé en Suisse couché dans une civière, et maintenant je suis debout pour annoncer la Bonne Nouvelle !

 

 

Pour lire la version intégrale de l’interview de Gabriel Amisi ici >> [pdf]

 

 


Dans les paroisses : Dimanche du réfugié – 21 juin 2015
Une date pour ne pas oublier le destin tragique de milliers de personnes qui ont dû tout quitter pour sauver leur vie.
L’Entraide protestante suisse (EPER) incite les paroisses à consacrer leur culte du 21 juin 2015 aux réfugiés et à reverser la collecte à cette cause. Avec son Service d’aide juridique aux exilé-e-s (SAJE) qui défend gratuitement les requérants d’asile, la Coordination des œuvres d’entraide (CROE) qui suit les auditions d’asile pour donner un regard neutre ou des projets d’intégration comme les Nouveaux Jardins, l’EPER agit au quotidien pour dépasser les préjugés et donner aux personnes réfugiées une chance de trouver leur place en Suisse.

Documentation à disposition : eper.ch/jdr

 

 
Joëlle Herren Laufer

Ils font l’Église | La VP mai 2015 n°4 – p. 30