Des parcs naturels réservés au sexe en plein air ?

 

 

Au cours de l’été caniculaire 2015, de nombreux couples ont préféré sortir faire l’amour au frais dans la nature que dans la chaleur étouffante de leur chambre à coucher. L’un d’entre eux a été surpris pendant ses ébats au bord d’un lac par une femme choquée qui les a pris en photo et appelé la police à la rescousse pour les arrêter ! Suite à ce fait divers, des sexologues ont suggéré l’idée de créer des « parcs de l’amour » clos et protégés des regards des jeunes curieux et des adultes non consentants à voir ce genre de spectacle.

 

 

L’homme et sa femme étaient tous deux nus et ils n’en avaient point honte. Après avoir mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal, les yeux de l’un et de l’autre s’ouvrirent, ils découvrirent qu’ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures. Quand ils entendirent la voix de l’Eternel Dieu, qui parcourait le jardin d’Eden avec la brise du soir, ils se cachèrent au milieu des arbres du jardin.
« Adam et Eve au Paradis » Genèse 2 : 25 et 3 : 7-8

 

Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe qui repose entre mes seins,Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troène des vignes. Que tu es belle, mon amie, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes. Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable ! Notre lit, c’est la verdure.
Cantique des Cantiques 1 : 13-16

 
Après avoir été créés par Dieu « à son image » le premier couple humain vivait dans sa nudité originelle au paradis. Ayant reçu la recommandation divine d’être féconds et de se multiplier, on peut imaginer qu’ils faisaient librement l’amour dans la nature sans aucune gêne, comme les amants du Cantique des Cantiques qui considéraient la verdure comme leur lit. Mais, après avoir mangé du fruit de l’arbre défendu, Adam et Eve découvrirent la pudeur et décidèrent de cacher leurs organes génitaux avec des ceintures en feuilles. Ces très beaux textes bibliques nous décrivent, avec de poétiques métaphores animales et de magnifiques comparaisons végétales, un homme et une femme amoureux et libres de le manifester.

 
Les adeptes du naturisme font l’éloge de la vie « tous tout nus au grand air ». Ils apprécient sentir leur corps libre de toute entrave vestimentaire. Ils aiment recevoir le soleil qui caresse leur peau. Ils goûtent le plaisir de nager nu et de laisser l’eau masser toutes les parties de leur anatomie, même les plus intimes. Ils dénoncent les stigmates trop visibles de la hiérarchisation sociale et militent pour un mode de vie écologique, respectueux de la nature en général. Il est permis de faire l’amour sur certaines plages naturistes dont l’accès est explicitement réservé aux adultes, afin de préserver les âmes sensibles…

 
D’autres préfèrent l’amour à la montagne, dans les alpages ou les pâturages sauvages, dans les forêts ou les clairières, sur un lit de feuilles ou de fleurs. Ou dans les charmantes collines célébrées par la campagne oeku.ch qui milite pour la préservation de notre environnement et prône ledéveloppement durable. Oeku propose aux églises des dossiers intitulés « Un Temps pour la Création » pour célébrer et encourager l’humanité à respecter les limites écologiques de notre planète. La montagne est un lieu bien connu pour favoriser autant la spiritualité que le contact authentique avec la nature. Passant mes vacances depuis 50 ans dans le Val d’Anniviers, j’ai cité dans mon discours du 1er août à Chandolin ce passage évocateur de Corinna Bille, tiré de son recueil de nouvelles intitulé « Juliette éternelle » (Editions Babel, 1993) :

« Ils partirent de bon matin. D’abord ça lui plaisait et elle se sentait si bien ! Elle aurait même voulu faire l’amour sur l’herbe, derrière les buissons. Mais lui, il n’avait plus l’air d’y songer. Il préférait le lit pour ça… Tandis qu’elle aurait aimé s’ébattre dehors dans les feuilles, dans la fraîcheur du monde, comme les bêtes… Oui comme les bêtes sauvages pensa-t-elle sans honte… Ça commençait à l’agacer ! Elle ressentait un mélange de tendresse et de rogne. Voilà ce qu’est le mariage ? Cette promenade commune, elle ne l’avait obtenue qu’avec des larmes ! Car depuis qu’ils étaient mariés, il ne voulait plus la prendre avec lui. Il préférait aller seul, comme s’il avait envie de se retrouver libre… et elle comprenait cela.»

 
Faire l’amour dans la nature est une variation pratiquée par celles et ceux qui aiment échapper à la routine de la chambre à coucher et du classique lit conjugal. Ce changement de décor éveille le désir et stimule l’excitation érotique, qui s’endorment dans une routine trop casanière. N’est-il pas délicieux de faire l’amour sous un ciel bleu ou étoilé, ou sous labelle frondaison d’un arbre centenaire ? Tous ceux qui ne craignent pas d’être vus ou surpris pendant leurs ébats, cultivent ainsi leurs tendances exhibitionnistes, et satisfont du même coup les pulsions voyeuristes des prromeneurs ou passants occasionnels. Rares sont ceux qui ne sont pas émoustillés par l’un ou l’autre aspect de ce fantasme érotique fort répandu. J’en connais pourtant certains qui ne cèdent pas à la tentation des ébats en plein air, de peur d’être dérangés ou regardés, renonçant à lastimulation particulière procurée par cette aventure écologique. Et qui rejoignent les réactions de certains politiciens offusqués ou réticents à l’idée d’autoriser leurs concitoyens à s’ébattre librement dans les parcs publics aménagés pour cela, même si certains sont bien connus des citadins pour être des repaires favorables aux rencontres intimes et sexuelles en plein air.

 
Laisser libre cours à nos fantaisies érotiques et réaliser ses fantasmes naturistes peut augmenter le plaisir et la complicité partagées dans un couple, à tous les âges de la vie. Faire l’amour en pleine nature nous renvoie à nos origines bibliques et biologiques, ainsi qu’à nos fantasmes paradisiaques d’Adam et Eve. Je terminerai avec une citation deMaurice Chappaz, célèbre écrivain valaisan et époux de Corinna Bille, qui soulignait l’importance des instincts les plus primitifs dans notre épanouissement : « L’âme est la bête qui a besoin de beauté ! Nous avons perdu, pour aller plus loin, le bref paradis des instincts, inscrit dans l’animal, dont il jouit sans rien savoir. »

 

 
Juliette Buffat,
Médecin psychiatre psychothérapeute FMH, sexologue médiatique et thérapeute de couple.

Sexualité et Religion | La VP octobre 2015

 

La rubrique Sexualité et Religion de Juliette Buffat, c’est le 3ème mercredi du mois.

Médecin psychiatre psychothérapeute FMH, sexologue médiatique et thérapeute de couple, Dr Juliette Buffat est aussi prédicatrice dans l’Eglise Protestante Genevoise et engagée au sein du Conseil du Service Accompagnement et des Hôpitaux Universitaires de Genève.
Elle a créé l’Institut Suisse de Sexologie Clinique, après avoir coordonné le Certificat en Sexologie de l’Université de Genève, et anime régulièrement des Cafés Sexos (programme sur www.sexologieclinique.ch).
Chaque mois, elle partage son expérience médicale et religieuse en abordant une nouvelle thématique sexuelle en regard de la Bible. Vous pouvez lui envoyer vos questions et commentaires par courriel à juliette.buffat@bluewin.ch