Anecdotes pour redécouvrir la Genève protestante

 

 

Lorsque l’on évoque le protestantisme à Genève, on pense au Musée international de la Réforme et à la cathédrale Saint-Pierre. Or, c’est aussi des plaques commémoratives méconnues, des monuments oubliés et des anecdotes insolites…

 

 

© Alain Grosclaude

Genève, enfin !
De par sa position de quasi-enclave, avec 105 km de frontière avec la France contre seulement 4,5 km avec le reste de la Suisse, le canton de Genève compte un nombre considérable de bornes-frontière : près de 500.

La borne N°1, petit monolithe flanqué de l’écusson genevois avec son aigle et sa clé, d’un côté, et de l’aigle sarde, de l’autre, est le point le plus occidental de la Suisse. Située dans les bois de Chancy, la borne N°1 a marqué l’arrivée en terre helvétique pour des dizaines de milliers de réfugiés huguenots contraints de fuir la France à la recherche d’une terre d’accueil entre le XVIe et le XVII siècle.

Pour ces réfugiés persécutés pour leurs croyances religieuses, dont nombre ont quitté les Cévennes et le Dauphiné, surtout lors de deux vagues, en 1572 suite au massacre de la Saint-Barthélemy et après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, cette borne était synonyme de sécurité et de refuge. Genève, terre d’asile et d’accueil : beaucoup n’y resteront que quelques semaines, quelques milliers s’y installeront.

 

 

© Alain Grosclaude

Lénine, symbole des réfugiés
La place du Molard a longtemps été le cœur de la vie politique et économique de Genève. Au début du XVIe  siècle, elle est devenue le lieu de l’affrontement idéologique entre les diverses factions qui divisaient la cité, d’abord entre partisans de la Savoie et des cantons suisses, ensuite entre ceux de l’ancienne foi catholique du pape et la nouvelle foi protestante de Luther.

La place du Molard a été le lieu d’un important événement pour la Genève protestante : le 1er janvier 1533, Antoine Froment s’y est livré à la première prédication publique de la Réforme. Même si l’époux de la théologienne Marie Dentière – seule femme à avoir son nom inscrit sur le Monument international de la Réformation – devra quitter la ville quelques jours plus tard, le mouvement est lancé. L’évêque catholique sera bientôt chassé et les élites genevoises adopteront rapidement la Réforme.

La Tour de l’Horloge garde sur ses murs les traces des grands moments de l’histoire genevoise. Elle est ornée de frises peintes et d’armoiries des principaux acteurs de la Réforme, ainsi que d’un bas-relief plus récent rappelant l’importance de « Genève, cité de refuge », avec, sous l’inscription, Lénine allongé face à une allégorie de la République qui étend au-dessus de lui son bras protecteur. Au grand dam de certains genevois qui auraient préféré qu’un autre personnage symbolise l’accueil des réfugiés.

 

 

Ce Portrait de Laurent de Normandie peint par Corneille de Lyon en 1552 fait partie des collections du Musée d’art et d’histoire de Genève.

Laurent de Normandie, propagateur de la Réforme
Né à Noyon vers 1510, Laurent de Normandie est docteur en droit, maître des requêtes et lieutenant du roi à Noyon. Il est nommé secrétaire de Monseigneur le Dauphin en 1545 et maire de sa ville natale l’année suivante. Il se réfugie pour cause de religion à Genève en 1548, où il retrouve Calvin avec lequel il est lié d’amitié (ils ont étudié le droit en même temps à Orléans). Celui-ci lui dédiera en 1550 son Traité des scandales (« A Maître Laurent de Normandie, Monsieur et bien aimé frère… »). Il s’est également lié avec les disciples de Calvin et sera le témoin de mariage de Théodore de Bèze.

Le 7 septembre 1552, le Parlement de Paris condamne Laurent de Normandie et huit autres protestants de Noyon retirés à Genève à être traînés sur la claie et brûlés sur la place du marché de Noyon, arrêt exécuté en effigie. Il sera l’un des témoins privilégiés des derniers jours de Calvin qui le désigne comme exécuteur testamentaire avec son frère Antoine Calvin. Jusqu’à sa mort, survenue en 1569 à Genève, Laurent de Normandie exerce la profession de libraire et d’éditeur, jouant un rôle capital dans la propagande calviniste en finançant des ouvrages religieux et scientifiques.

 

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Actualité | La VP décembre 2014 n°10 – p. 20-21